Bassirou Diop, doctorant à l’École polytechnique de Thiès, sur l’affiche officielle de sa soutenance du 26 octobre 2026

L’École polytechnique de Thiès (EPT) a programmé, ce lundi 26 octobre 2026, la première soutenance de doctorat de son école doctorale. Au-delà de cette étape historique pour l’établissement sénégalais, les travaux du doctorant Bassirou Diop portent notamment sur la modélisation mathématique de l’adaptation des moustiques et ses implications dans la transmission du paludisme. Une recherche menée en collaboration avec l’Université Le Havre Normandie, en France.

La lutte contre le paludisme ne repose pas uniquement sur les médicaments, les moustiquaires imprégnées ou la pulvérisation d’insecticides. Elle mobilise également les mathématiques, notamment pour comprendre l’évolution des populations de moustiques et leur capacité à s’adapter aux moyens de prévention.

C’est dans ce domaine que s’inscrivent les recherches de Bassirou Diop, dont la soutenance de doctorat a eu lieu ce lundi 26 octobre, dans l’auditorium de l’École polytechnique de Thiès. Sa thèse, intitulée « Dynamiques adaptatives en dimension infinie et applications », aborde un problème scientifique qui dépasse le cadre des mathématiques fondamentales.

L’un des enjeux consiste à comprendre comment les changements de comportement des moustiques, notamment leurs horaires de piqûre, peuvent influencer leur survie et la persistance de la transmission du paludisme.

Des équations pour comprendre l’adaptation des moustiques

Dans le résumé scientifique de sa thèse, disponible sur la plateforme doctorale de Normandie Université, Bassirou Diop s’intéresse particulièrement aux mécanismes d’adaptation des populations vivantes à leur environnement.

Une partie de ses travaux est consacrée à la modélisation des interactions entre les humains, les moustiques et le parasite responsable du paludisme. À partir de modèles mathématiques complexes, il étudie les conditions dans lesquelles une population de moustiques peut disparaître ou se maintenir, ainsi que celles favorisant la persistance de l’infection.

Cette approche prend notamment en considération l’adaptation comportementale des moustiques, un phénomène susceptible de réduire, à terme, l’efficacité de certaines stratégies de lutte antivectorielle.

Les recherches du doctorant avaient déjà donné lieu, en mars 2025, à une publication scientifique cosignée avec Arnaud Ducrot et Ousmane Seydi dans la revue internationale Journal of Mathematical Biology. L’étude présente un modèle intégrant les comportements des moustiques, leur capacité d’adaptation et les interventions sanitaires comme les moustiquaires imprégnées et les pulvérisations d’insecticides.

Ces travaux restent essentiellement théoriques. Ils ne constituent pas une nouvelle méthode de traitement ou de prévention du paludisme, mais apportent des outils mathématiques pour mieux analyser les mécanismes qui contribuent à la persistance de cette maladie.

Une première dans l’histoire de Polytechnique Thiès

Au-delà de sa dimension scientifique, cette soutenance constitue une étape institutionnelle pour l’École polytechnique de Thiès, connue notamment pour sa formation d’ingénieurs.

L’établissement a annoncé qu’il s’agissait de la toute première soutenance de doctorat organisée par son école doctorale, une nouvelle étape dans le développement de ses activités de recherche et de formation scientifique de haut niveau.

La thèse de Bassirou Diop a été préparée en cotutelle internationale entre l’EPT et l’Université Le Havre Normandie, sous la direction des professeurs Ousmane Seydi et Arnaud Ducrot. Ce dispositif permet d’associer les compétences et les structures de recherche des deux établissements.

Pour Polytechnique Thiès, cette première soutenance traduit ainsi une ambition qui dépasse la formation d’ingénieurs : renforcer sa place dans la production de connaissances scientifiques.

Elle met également en lumière l’apport possible de la recherche mathématique aux problématiques de santé publique. Dans un pays comme le Sénégal, engagé dans la lutte contre le paludisme, les travaux de Bassirou Diop illustrent l’intérêt de rapprocher les sciences fondamentales des défis sanitaires auxquels sont confrontées les populations africaines.

Par Ahmadou Kane

Ahmadou Kane est journaliste et fondateur de Dëkbi. Basé dans la région de New York, il couvre les institutions américaines, les Nations unies, la diplomatie, l’économie africaine et les diasporas, avec une attention particulière aux relations entre le Sénégal, l’Afrique et les États-Unis.

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