Modou Ngom prenant la parole devant le tribunal du comté de Delaware, dans l’Ohio

La juge a prononcé la peine maximale contre Mody Fall Ngom. Les témoignages bouleversants des proches des victimes, les prières du chauffeur et la question de ses remords ont dominé une audience suivie par plusieurs médias américains.

L’espoir d’une peine plus clémente s’est éteint jeudi matin au tribunal du comté de Delaware, dans l’Ohio. Modou Ngom a été condamné à vingt-deux ans et six mois de prison pour l’accident qui avait coûté la vie à un couple et à leur enfant d’un an.

La juge Marianne Hemmeter a retenu la peine maximale pour chacun des huit chefs. Les cinq années prononcées pour chacun des trois homicides aggravés au volant et les dix-huit mois correspondant à chacun des cinq chefs de blessures seront exécutés successivement.

La juge a également suspendu à vie le permis de conduire de Modou Ngom. Elle n’a cependant prononcé aucune amende, en raison de la longueur de l’incarcération et des procédures civiles toujours en cours.

Reconnu coupable le 25 septembre, le chauffeur sénégalais comparaissait cette fois uniquement pour connaître sa peine. Une dizaine de Sénégalais avait fait le déplacement pour le soutenir, selon Mamadou Dramé, juriste et ancien président de l’Association des Sénégalais d’Amérique, interrogé à la sortie du tribunal par Seydina Ndiaye, correspondant de Senego.

Les larmes des familles envahissent la salle

Avant que Modou Ngom ne prenne la parole, plusieurs proches des victimes et personnes touchées par l’accident ont raconté les conséquences du drame sur leur vie.

Selon Mamadou Dramé, le père de Lynnea Soposki, l’épouse décédée, ainsi que l’un de ses frères se sont notamment exprimés. Submergé par l’émotion, le frère de la défunte a longuement pleuré au microphone. Ses paroles et ses larmes ont bouleversé une grande partie de la salle.

D’autres membres de la famille ont évoqué le vide laissé par Luke et Lynnea Soposki ainsi que par leur fils Logan, âgé de treize mois. Les grands-parents ont demandé au tribunal de prononcer la peine maximale. Un survivant a également décrit les blessures physiques et le traumatisme provoqués par le carambolage.

Dans une salle remplie de proches et de journalistes américains venus suivre l’issue de cette affaire, la douleur des familles a occupé une place centrale.

Une prière avant les derniers mots

Lorsque la juge lui a donné la parole, Modou Ngom s’est levé et a récité la sourate Al-Ikhlas. Il a expliqué qu’il s’agissait d’une prière liée à sa foi, avant de prier pour le repos de l’âme des défunts et de demander à Dieu d’accorder force et patience à leurs familles.

Le chauffeur a assuré que le drame n’avait jamais été intentionnel et qu’il pensait quotidiennement aux victimes. Marié et père de cinq jeunes enfants, selon Mamadou Dramé, il a déclaré que, s’il avait pu imaginer qu’un tel accident se produirait, il ne serait jamais sorti travailler ce jour-là.

Ces paroles n’ont toutefois pas convaincu la juge sur la profondeur de ses remords. Selon Mamadou Dramé, elle lui a reproché de n’avoir jamais présenté publiquement des excuses explicites. Les médias locaux présents à l’audience rapportent également que la magistrate a cité le manque de remords parmi les éléments pris en compte.

La juge a aussi évoqué les informations versées au dossier concernant l’obtention de son permis commercial sous une autre identité. Elle a rappelé que l’accident avait emporté une famille entière et bouleversé durablement la vie de plusieurs autres personnes.

Mamadou Dramé y voit également un décalage dans la manière d’exprimer et de percevoir le regret. La prière, la retenue et les paroles choisies par Modou Ngom n’auraient pas été comprises comme des excuses suffisamment directes par la juridiction américaine. Cette interprétation reste celle du juriste sénégalais présent à l’audience.

L’appel, puis une éventuelle demande de clémence

Modou Ngom conserve la possibilité de contester le verdict et la peine. La juge lui a rappelé son droit de faire appel et un avocat commis d’office a été désigné pour la suite de la procédure. Selon les règles de l’Ohio, l’avis d’appel doit normalement être déposé dans les trente jours suivant l’inscription du jugement définitif.

Une demande de clémence pourrait également être engagée. Elle doit être adressée à la Commission des libérations conditionnelles de l’Ohio, qui peut transmettre une recommandation au gouverneur. Celui-ci peut accorder une grâce ou réduire la peine, mais cette possibilité reste discrétionnaire. Elle n’entraîne aucune libération automatique après deux années de détention.

La condamnation à vingt-deux ans et demi clôt ainsi une étape majeure du dossier, mais elle ne met pas fin à l’ensemble de la bataille judiciaire. Dans un précédent article, Dëkbi avait détaillé les procédures civiles visant notamment Uber Freight et Kroger, qui devront déterminer les responsabilités dans l’organisation du transport et l’indemnisation des victimes.

Par Ahmadou Kane

Ahmadou Kane est journaliste et fondateur de Dëkbi. Basé dans la région de New York, il couvre les institutions américaines, les Nations unies, la diplomatie, l’économie africaine et les diasporas, avec une attention particulière aux relations entre le Sénégal, l’Afrique et les États-Unis.

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