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Pastef: À 48 heures du congrès de Pastef, Moussa Bala Fofana claque la porte

Le séisme politique annoncé a bien eu lieu. À seulement 48 heures du congrès national de Pastef, le ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des Territoires, Moussa Bala Fofana, a officiellement annoncé sa démission du parti dirigé par Ousmane Sonko.

Dans un long communiqué empreint d’émotion, de justification politique et de bilan gouvernemental, le ministre assume un « choix de conscience » qu’il présente comme le résultat d’une réflexion personnelle guidée par le devoir et l’intérêt supérieur de la Nation.

Figure considérée comme proche d’Ousmane Sonko, avec qui il a notamment coécrit un ouvrage sur la décentralisation, Moussa Bala Fofana prend soin d’éviter toute rupture personnelle avec le leader de Pastef. Il lui rend même un hommage appuyé, le qualifiant de « grand frère », de « compagnon de lutte » et d’homme pour lequel il conserve « estime, respect et considération ».

Mais derrière les formules fraternelles apparaît clairement une divergence politique.

Le ministre répond directement aux déclarations d’Ousmane Sonko du 2 juin dernier, lorsque celui-ci avait affirmé que certains ministres reconduits avaient choisi de ne pas suivre les orientations du parti. « Oui, j’ai agi en toute liberté et à titre personnel », reconnaît Moussa Bala Fofana, revendiquant pleinement sa décision d’accepter son maintien dans le gouvernement formé par le président Bassirou Diomaye Faye.

Le passage le plus marquant du communiqué est sans doute celui où il affirme sous serment que jamais le chef de l’État ne lui a parlé d’un quelconque projet politique personnel. « Je jure au nom d’Allah que jamais le Président de la République ne m’a parlé de projet politique », écrit-il, semblant ainsi répondre aux soupçons de fractures ou de stratégies concurrentes au sommet de l’État.

Tout au long du texte, le ministre met en avant les nombreux chantiers engagés dans son département : logement, réforme territoriale, modernisation de l’état civil, fonction publique locale, aménagement urbain, villes religieuses ou encore régulation du marché du logement. Selon lui, ces réformes sont arrivées à un stade où sa conscience ne lui permettait pas d’abandonner la mission.

« Les bases ont été posées. Les réformes sont engagées. Les outils sont en place », souligne-t-il, expliquant que son devoir était de poursuivre le travail engagé plutôt que de quitter le gouvernement.

Cette décision intervient dans un contexte particulièrement sensible marqué par les critiques publiques formulées ces derniers jours par Ousmane Sonko contre plusieurs ministres reconduits et certains choix du président Diomaye Faye.

En choisissant de quitter Pastef tout en renouvelant sa loyauté au chef de l’État, Moussa Bala Fofana semble vouloir tracer une ligne claire : rester au service du président et de l’action gouvernementale, mais en dehors de toute discipline partisane.

À deux jours du congrès national de Pastef, cette démission risque d’alimenter les interrogations sur l’avenir des relations entre le parti, le gouvernement et la présidence. Elle pourrait également être perçue comme le premier acte visible d’une recomposition politique plus profonde au sein de la majorité issue de l’alternance de 2024.

Une chose est désormais certaine : à l’approche du congrès, le débat ne porte plus seulement sur l’organisation de Pastef, mais également sur l’équilibre des pouvoirs entre les différentes composantes du régime et sur la place qu’entendent occuper ceux qui choisissent aujourd’hui de se ranger derrière Bassirou Diomaye Faye plutôt que derrière l’appareil partisan.