Les partis arabes d’Israël pourraient atteindre une représentation sans précédent à la Knesset à l’issue du scrutin du 27 octobre 2026. Derrière cette progression se trouve une histoire politique ancienne, marquée par des alliances électorales, des divisions et une première expérience au sein d’une coalition gouvernementale en 2021.
Avec 19 sièges projetés sur les 120 que compte la Knesset, selon les chiffres encore provisoires publiés mercredi 28 octobre, les partis arabes reviennent au centre du jeu politique israélien. Leur progression pourrait compter dans les négociations de coalition, alors que ni Benyamin Nétanyahou ni son principal adversaire Gadi Eisenkot ne disposent seuls d’une majorité.
Ces formations représentent principalement les citoyens arabes d’Israël, parmi lesquels de nombreux Palestiniens d’Israël. Cette population constitue environ un cinquième des habitants du pays. Ses membres possèdent la citoyenneté israélienne et le droit de vote aux élections nationales, à la différence de la grande majorité des Palestiniens vivant en Cisjordanie et à Gaza.
Les partis arabes n’appartiennent pourtant pas à une seule famille idéologique. Certains privilégient le nationalisme palestinien, d’autres la gauche sociale et la coopération judéo-arabe, tandis qu’un autre courant est issu de l’islam politique.
Quatre partis aux trajectoires différentes
La Liste commune, dirigée pour ce scrutin par Youssef Jabareen, réunit trois formations. Hadash, créé en 1977, est un mouvement de gauche rassemblant militants arabes et juifs autour de l’égalité civique, de revendications sociales et de la question palestinienne. Ta’al, fondé dans les années 1990 et associé à Ahmad Tibi, met au premier plan les droits politiques et collectifs des citoyens arabes. Balad, également apparu dans les années 1990, défend une orientation nationaliste palestinienne et laïque et revendique un État garantissant une citoyenneté égale à tous.
À côté de cette alliance figure Ra’am, la Liste arabe unie, conduite par Mansour Abbas. Issu de la branche sud du Mouvement islamique, ce parti conservateur privilégie les négociations permettant d’obtenir des budgets pour les communes arabes, des logements, des services publics et des moyens de lutte contre la criminalité.

Ces divergences expliquent que les partis arabes se présentent parfois ensemble, parfois séparément, et qu’ils n’adoptent pas toujours la même stratégie lorsqu’il s’agit de soutenir un gouvernement.
De l’unité de 2015 à l’entrée de Ra’am au gouvernement
Un tournant survient en 2015, lorsque les quatre courants unissent leurs forces au sein de la Liste commune. La décision intervient après le relèvement du seuil électoral à 3,25 % des voix, qui risquait de pénaliser les petites formations. Leur alliance remporte alors 13 sièges.
Après une première rupture en 2019, la Liste commune se reconstitue et obtient 15 députés en 2020, un record pour cette alliance. Mais l’unité ne dure pas. En 2021, Ra’am choisit de se présenter seule et gagne quatre sièges.
Son chef, Mansour Abbas, franchit ensuite une étape politique majeure : Ra’am rejoint la coalition conduite par Naftali Bennett et Yaïr Lapid, qui met fin, pour un temps, au gouvernement Nétanyahou. Cette participation d’un parti arabe indépendant à une coalition israélienne marque un précédent, même si l’expérience s’achève en 2022.
Lors des législatives de novembre 2022, les partis arabes ne remportent plus que dix sièges au total : cinq pour Ra’am et cinq pour Hadash-Ta’al. Balad, candidat séparément, reste sous le seuil requis pour entrer à la Knesset.
En 2026, un passage devant la Cour suprême
La campagne de 2026 a également été marquée par une bataille judiciaire. La Commission électorale centrale avait décidé d’exclure la Liste commune et Ra’am du scrutin, sur la base d’accusations relatives à leurs positions envers l’identité de l’État d’Israël et la lutte armée.
Le 2 octobre 2026, la Cour suprême israélienne a annulé à l’unanimité l’exclusion des deux listes, estimant que les éléments produits ne satisfaisaient pas aux exigences légales permettant d’interdire leur participation. Elle a ainsi rendu possible leur présence aux élections du 27 octobre.
Une force électorale, mais quelle place au pouvoir ?
La participation élevée des citoyens arabes a contribué aux résultats du scrutin. Selon les projections de mercredi, les deux listes pourraient obtenir ensemble 19 sièges, au-delà des 15 sièges de la Liste commune en 2020 et des dix sièges remportés par Ra’am et Hadash-Ta’al en 2022.
Ce poids parlementaire n’efface cependant pas les divergences entre les formations. Ra’am a déjà accepté de participer à un gouvernement dirigé par des partis juifs. Au sein de la Liste commune, les approches diffèrent sur les conditions d’un soutien parlementaire ou gouvernemental. Dans le camp opposé à Nétanyahou, plusieurs partis sont eux-mêmes réticents à dépendre des votes des députés arabes.
Les élections de 2026 rappellent ainsi une question centrale de la vie politique israélienne : dans quelle mesure la représentation électorale des citoyens arabes peut-elle se traduire par une participation effective aux décisions de l’État ? La réponse dépendra autant du résultat définitif que des alliances qui se dessineront à la Knesset.
