Arrêté en juin 2023 dans le cadre d’une procédure judiciaire fédérale comportant de nombreux chefs d’accusation, notamment pour fraude électronique, Amadou Kane Diallo est détenu en Californie dans l’attente de son procès. Mais avant de revenir sur les accusations, les témoignages et les nombreux rebondissements qui ont marqué cette affaire, DËKBI s’intéresse au parcours de cet entrepreneur sénégalais dont les activités aux États-Unis et les ambitions économiques en Afrique occupent une place importante dans le dossier.

De l’informatique aux investissements financiers, de l’immobilier aux télécommunications, Amadou Kane Diallo avait développé aux États-Unis une conception de l’entrepreneuriat qui dépassait largement les frontières américaines. Installé en Californie, ce ressortissant sénégalais entendait faire des nouvelles technologies un instrument de création de richesses, tout en s’intéressant aux opportunités économiques offertes par l’Afrique. Un parcours encore peu connu du public sénégalais, qui révèle un homme porté par de grandes ambitions, le goût des affaires et une volonté de multiplier les initiatives.

l’Amérique, à la quête d’une vie meilleure

Quitter son pays pour poursuivre des études, trouver un emploi ou tenter sa chance dans les affaires. Depuis plusieurs décennies, des milliers de Sénégalais ont emprunté ce chemin, avec l’espoir de construire une vie meilleure à l’étranger. Certains ont choisi l’Europe, d’autres les États-Unis, où ils ont progressivement constitué des communautés qui continuent d’entretenir des relations étroites avec leur pays d’origine.

Au-delà des transferts d’argent destinés aux familles, cette émigration a également contribué à transformer l’économie de plusieurs localités sénégalaises. Construction de logements, financement d’écoles, de structures sanitaires, de lieux de culte et d’équipements communautaires : les initiatives portées par les Sénégalais de l’extérieur occupent une place importante dans le développement de leurs territoires d’origine.

Cette tradition est particulièrement visible dans certaines régions fortement marquées par l’émigration, notamment dans la vallée du fleuve Sénégal, où les associations de ressortissants établis à l’étranger participent depuis longtemps à la réalisation de projets collectifs.

La communauté haalpulaar, dont les réseaux migratoires s’étendent notamment entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, s’inscrit dans cette dynamique. À travers les solidarités familiales, les associations villageoises et les initiatives économiques, une partie de sa diaspora entretient des liens étroits avec les territoires d’origine.

Cette histoire des migrations sénégalaises offre un éclairage sur les relations économiques qui se sont progressivement développées entre le Sénégal et ses ressortissants établis à l’étranger. C’est dans cet environnement transnational que s’inscrit également le parcours d’Amadou Kane Diallo, un Sénégalais qui a construit une partie importante de sa carrière aux États-Unis, tout en développant des ambitions commerciales tournées vers le continent africain.

Car si le personnage demeure mal connu au Sénégal, son itinéraire professionnel en Californie permet de découvrir un entrepreneur dont les activités allaient progressivement dépasser le cadre de l’informatique.

Du Sénégal à la Californie

Né en 1979, Amadou Kane Diallo est un ressortissant sénégalais établi aux États-Unis, où il disposait du statut de résident permanent. Il résidait notamment à Laguna Niguel, dans le comté d’Orange, au sud de la Californie. Située à proximité de Los Angeles, cette région accueille de nombreuses entreprises spécialisées dans les technologies, les services et les investissements.

C’est dans cet environnement économique que Diallo développe une partie importante de ses activités professionnelles. Son parcours commence à se dessiner à travers les témoignages de personnes qui l’ont côtoyé en Californie, notamment dans les milieux des affaires et des investissements.

Diallo racontait avoir étudié à l’Université de Californie à Irvine, avant de travailler dans la programmation informatique. Il évoquait également la création, avec son père, d’une entreprise de logiciels qui aurait ensuite été revendue.

Dans la présentation qu’il faisait de son parcours, cette expérience occupait une place importante. Elle constituait le point de départ de sa réussite financière et de son intérêt pour les investissements. L’informatique apparaît ainsi comme l’une des premières activités autour desquelles il a construit son identité professionnelle.

Mais pour Diallo, les nouvelles technologies ne représentaient pas simplement un secteur dans lequel exercer un métier. Elles constituaient également un moyen de développer des entreprises, d’accéder à de nouveaux marchés et de créer des sources de revenus indépendantes d’un emploi salarié. C’est dans cette perspective qu’il s’intéresse progressivement aux investissements financiers, avant d’élargir ses activités à d’autres domaines.

Le goût des affaires et de l’indépendance financière

Au fil de ses relations professionnelles, Diallo présentait une conception assez affirmée de la réussite économique. Il racontait avoir constitué une fortune importante grâce à ses premières activités et à ses investissements. Il expliquait même ne plus avoir besoin de travailler pour assurer son train de vie, ses affaires lui permettant, disait-il, de disposer d’une certaine indépendance financière.

À ses interlocuteurs, il décrivait un mode de travail qui lui permettait de gérer ses activités depuis n’importe quel endroit du monde, avec un simple ordinateur portable. Cette liberté occupait une place importante dans sa conception de l’entrepreneuriat.

Il ne s’agissait plus seulement de trouver un emploi bien rémunéré ou de gravir les échelons d’une entreprise. Diallo cherchait à développer ses propres activités et à investir dans des secteurs dont il estimait les perspectives économiques intéressantes. Une démarche qui supposait également une certaine disposition à prendre des risques.

Créer une entreprise, investir dans une technologie nouvelle ou chercher à pénétrer un marché étranger nécessite de mobiliser des capitaux, de convaincre des partenaires et d’accepter l’incertitude qui accompagne tout projet économique. Or, Diallo ne voulait pas limiter ses ambitions à un seul domaine. Il s’intéressait aussi bien aux technologies financières qu’à l’immobilier, à la réalité virtuelle, aux télécommunications et aux services de santé. Cette diversification deviendra l’une des principales caractéristiques de son parcours entrepreneurial.

Un entrepreneur qui cherchait à s’entourer

Pour développer ses activités, Diallo cherchait également à s’appuyer sur des compétences extérieures. En Californie, il fréquentait des personnes issues de différents milieux professionnels, notamment de l’informatique, du droit, de la médecine et des investissements. Certaines de ces rencontres débouchaient sur des discussions commerciales, des propositions de collaboration ou des projets d’investissement.

En 2014, il fait notamment la connaissance d’une professionnelle du droit lors d’une rencontre privée. Apprenant qu’elle disposait de compétences juridiques, il s’intéresse à son parcours et envisage de l’associer à ses activités. Il souhaitait bénéficier de son expérience pour traiter des questions contractuelles et faciliter le recrutement de collaborateurs étrangers.

Pour la convaincre de rejoindre ses entreprises, il évoque des perspectives de rémunération particulièrement importantes, allant jusqu’à proposer un salaire annuel de 200 000 dollars. La proposition était d’autant plus significative que son interlocutrice occupait déjà un emploi dans l’administration fédérale américaine. Elle n’accepte pas immédiatement de quitter ses fonctions, mais les discussions se poursuivent.

Cet épisode illustre la manière dont Diallo cherchait à constituer son entourage professionnel. Au-delà des ressources financières, il s’intéressait aux compétences susceptibles de faciliter le développement de ses activités. Dans son approche, les relations professionnelles pouvaient ainsi devenir des partenariats commerciaux, voire des occasions d’investissement. Cette méthode lui permettait de présenter ses projets à des interlocuteurs provenant de secteurs différents et de rechercher, auprès d’eux, les moyens nécessaires à leur développement.

Des ambitions qui dépassaient les frontières américaines

Avec le temps, Diallo ne se contente plus de s’intéresser à l’informatique et aux investissements financiers. Il envisage de développer des plateformes numériques destinées à faciliter l’acquisition de biens immobiliers, notamment pour les personnes vivant à l’étranger. Il s’intéresse également à la réalité virtuelle, une technologie dont les applications se multiplient dans les domaines de la formation, des loisirs et de la médecine.

À ces initiatives s’ajoutent des ambitions dans les télécommunications, avec l’idée de contribuer au développement de l’accès à Internet sur les marchés africains. Plusieurs sociétés et projets commerciaux sont ainsi associés à ses activités, parmi lesquels Virtual Advisors LLC, Liquide Inc., Ymmersion Inc., Evarsity Inc. et différentes plateformes immobilières.

Ces activités ne se trouvaient pas toutes au même stade de développement. Certaines entreprises avaient été constituées, tandis que plusieurs initiatives étaient encore au stade de la recherche de partenaires, de financements ou de débouchés commerciaux. Leur diversité témoigne néanmoins de l’étendue des secteurs dans lesquels Diallo souhaitait entreprendre.

Le marché américain lui offrait un environnement favorable à la recherche de compétences, de partenaires et de technologies. L’Afrique représentait, de son côté, un espace dans lequel il entendait développer une partie de ses projets. Ce rapprochement entre deux continents allait progressivement prendre une place importante dans ses ambitions économiques.

L’Afrique au centre de ses perspectives

Malgré son installation en Californie, Diallo continuait de s’intéresser aux possibilités d’investissement sur le continent africain. Le Sénégal occupait une place particulière dans ses projets, mais ses perspectives commerciales s’étendaient également au Ghana, au Liberia, à l’Ouganda et au Kenya. Son intérêt portait sur plusieurs secteurs répondant à des besoins économiques importants : l’accès à la propriété, les services numériques, les télécommunications et les infrastructures de santé.

Dans l’immobilier, il envisageait notamment de développer des outils permettant aux membres de la diaspora d’investir dans leur pays d’origine sans avoir à suivre personnellement toutes les étapes d’une transaction.

Dans les télécommunications, ses ambitions étaient encore plus importantes. En 2019, Liquide Inc. participe à l’annonce d’un projet visant à mobiliser un milliard de dollars sur cinq ans pour développer des services d’Internet sans fil à haut débit en Afrique. Ce montant représentait l’objectif annoncé pour le projet, et non des fonds effectivement réunis.

Au Sénégal, Diallo s’intéressait également à la création d’un établissement hospitalier moderne, associé à la médecine sportive et à un dispositif de transport médical aérien. L’idée consistait à réunir plusieurs activités autour d’un même investissement, en associant les soins, le sport et l’aviation.

Ces initiatives donnent une indication de l’ampleur des ambitions économiques qu’il nourrissait pour le continent. Elles dépassaient les investissements immobiliers classiques pour toucher des secteurs nécessitant des infrastructures, des technologies et des partenariats importants. Mais entre la conception d’un projet, la recherche de capitaux et sa réalisation, le chemin peut être long.

Entre ambitions et réalités économiques

Le parcours d’Amadou Kane Diallo présente ainsi le profil d’un entrepreneur qui, après ses premières activités informatiques, s’est progressivement intéressé aux investissements et à la création d’entreprises dans plusieurs secteurs. Il révèle également une volonté de développer des affaires au-delà du territoire américain, avec une attention particulière portée aux marchés africains.

Cette trajectoire a toutefois connu des difficultés financières. En mai 2013, Diallo avait engagé une procédure personnelle de faillite sous le chapitre 13 du droit américain, un dispositif permettant à un particulier de proposer un plan de remboursement de ses dettes. Cet épisode intervient avant plusieurs des projets commerciaux qu’il présentera au cours des années suivantes.

Il constitue un élément important pour comprendre un parcours entrepreneurial marqué à la fois par de grandes ambitions et par les contraintes financières qui accompagnent le développement des affaires. Car créer une société, annoncer un investissement ou rechercher des partenaires ne signifie pas nécessairement qu’un projet dispose déjà des ressources nécessaires à son exécution.

C’est précisément cette distinction entre ambitions affichées, entreprises constituées et réalisations effectives qui mérite d’être examinée dans les activités de Diallo. Combien de ses entreprises avaient réellement commencé à fonctionner ? Quels revenus généraient-elles ? Quels investissements avaient été mobilisés ? Et quelle part de ses projets africains avait pu se concrétiser ?

Ces questions prennent aujourd’hui une importance particulière. En juin 2023, le parcours d’Amadou Kane Diallo connaît un tournant majeur avec son arrestation en Californie dans le cadre d’une enquête fédérale portant notamment sur des soupçons de fraude électronique et sur ses relations financières avec plusieurs investisseurs.

Depuis, la procédure judiciaire a connu de nombreux développements, sans qu’un verdict ait encore été rendu. Diallo bénéficie de la présomption d’innocence. L’affaire a également conduit les enquêteurs américains à s’intéresser à certaines de ses initiatives au Sénégal, notamment à un projet hospitalier dont les circonstances seront examinées dans un autre volet de notre enquête.

Mais avant d’aborder les accusations et les responsabilités éventuelles, il faut revenir sur les entreprises qu’il avait développées, les montants annoncés, les investisseurs qu’il cherchait à convaincre et les ambitions économiques qu’il nourrissait pour l’Afrique. C’est à cette autre dimension du parcours d’Amadou Kane Diallo que sera consacré le prochain article de DËKBI.


Par Ahmadou Kane

Ahmadou Kane est journaliste et fondateur de Dëkbi. Basé dans la région de New York, il couvre les institutions américaines, les Nations unies, la diplomatie, l’économie africaine et les diasporas, avec une attention particulière aux relations entre le Sénégal, l’Afrique et les États-Unis.

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