Montage éditorial sur les sept entreprises et projets présentés par Amadou Kane Diallo, avec sa photographie en arrière-plan et une carte de l’Afrique.

Réalité virtuelle, technologies financières, immobilier, commerce électronique, logiciels et télécommunications : Amadou Kane Diallo ne limitait pas ses ambitions à une seule activité. Depuis la Californie, l’entrepreneur sénégalais avait développé ou présenté plusieurs entreprises et projets, dont certains devaient s’étendre jusqu’en Afrique. Mais que sait-on réellement de cet ensemble entrepreneurial ? DËKBI poursuit son enquête à travers les témoignages et les documents de la justice fédérale américaine.

Avant d’examiner les accusations portées contre Amadou Kane Diallo, il est nécessaire de comprendre l’environnement économique dans lequel il évoluait. Car derrière le ressortissant sénégalais poursuivi par la justice américaine apparaît un entrepreneur qui présentait à ses interlocuteurs un ensemble d’activités particulièrement diversifiées.

De la finance à l’immobilier, en passant par les technologies et les télécommunications, Diallo entendait intervenir dans plusieurs secteurs. Ses ambitions ne s’arrêtaient pas aux États-Unis. Elles concernaient également des pays africains, dont le Sénégal.

C’est notamment ce que révèle le témoignage d’une Américaine, désignée par les initiales Z. K., dont la déclaration écrite a été versée au dossier judiciaire en janvier 2024.

Une rencontre en 2014 et la découverte de sept entreprises

Tout commence, selon son récit, en 2014, lors d’une réception organisée au domicile d’une connaissance commune. Z. K., juriste travaillant dans les services américains de l’immigration, y rencontre Amadou Kane Diallo.

Au fil des années, les deux personnes se revoient à plusieurs occasions. L’entrepreneur lui parle de ses activités, de ses entreprises et des perspectives économiques qu’elles pourraient offrir.

Il lui propose même d’intégrer son organisation pour s’occuper des questions juridiques, des contrats et des procédures d’immigration concernant ses futurs employés.

Mais ce qui retient particulièrement l’attention dans cette déclaration, c’est le nombre et la diversité des entreprises que Diallo lui aurait présentées.

Elles sont au nombre de sept : Virtual Advisors LLC, Liquide Inc., Ymmersion Inc., Evarsity Inc., Streamliner.com Inc., Home Ownership Market Place Inc. et Financial Deck LLC.

Un ensemble qui couvre des secteurs allant des technologies financières à l’immobilier, avec des activités complémentaires dans l’informatique, le marketing et les services numériques.

Virtual Advisors et Liquide, deux entreprises établies en Californie

Parmi ces différentes structures, deux occupent une place centrale dans le dossier judiciaire.

Virtual Advisors LLC a été constituée en octobre 2015, tandis que Liquide Inc. a vu le jour en juillet 2018. Les documents administratifs figurant sur la liste des pièces du parquet américain permettent d’établir leur existence juridique.

Selon l’acte d’accusation fédéral, les deux sociétés avaient leur principal établissement à Newport Beach, en Californie.

Diallo dirigeait Virtual Advisors et occupait également plusieurs fonctions de direction au sein de Liquide.

La première était présentée comme une entreprise spécialisée dans les technologies financières accessibles sur Internet. La seconde devait intervenir dans les plateformes commerciales et nourrissait des ambitions dans le secteur des télécommunications.

Leurs comptes bancaires figurent parmi les documents examinés dans la procédure. Pour Virtual Advisors, les relevés répertoriés couvrent notamment la période allant de 2016 à 2019.

La réalité virtuelle, un autre domaine d’activité

Diallo s’intéressait également à la réalité virtuelle, un secteur technologique en pleine évolution au cours des années 2010. Cette technologie permet de plonger un utilisateur dans un environnement numérique simulé, avec des applications possibles dans plusieurs domaines, notamment la médecine, la formation et l’éducation.

Selon Z. K., l’entrepreneur lui avait présenté Ymmersion Inc. comme une entreprise intervenant dans ce domaine.

La témoin affirme avoir été invitée à son domicile, où elle aurait assisté à une démonstration de matériel de réalité virtuelle. Elle raconte également avoir accompagné Diallo à une convention spécialisée organisée au Los Angeles Convention Center.

Ces éléments donnent un aperçu de la manière dont l’entrepreneur faisait découvrir ses projets à ses interlocuteurs.

Toutefois, les documents disponibles ne permettent pas d’établir si Ymmersion disposait déjà de produits commercialisés, de clients ou de revenus propres.

Logiciels, informatique et recrutement de compétences

Une autre entreprise, Evarsity Inc., devait intervenir dans la conception de plateformes logicielles.

Selon le même témoignage, Diallo avait envisagé d’y recruter l’époux de Z. K., qui exerçait comme architecte logiciel.

L’entrepreneur aurait également évoqué la possibilité de faire venir des travailleurs étrangers aux États-Unis au moyen de visas professionnels.

Financial Deck LLC, de son côté, était présentée comme une entreprise de marketing et de services informatiques, chargée notamment de gérer les contenus médiatiques des différentes activités.

Ces projets montrent que Diallo ne se présentait pas uniquement comme un investisseur. Il envisageait aussi une organisation mobilisant des compétences juridiques, informatiques et commerciales.

La liste des pièces du parquet comporte d’ailleurs une offre d’emploi émanant de Virtual Advisors. Il reste cependant à déterminer les suites données à ce recrutement.

Deux projets autour de l’accession à la propriété

L’immobilier constituait un autre volet de cet ensemble.

Streamliner.com Inc. était présentée comme une entreprise développant des technologies destinées à faciliter l’accession à la propriété.

Home Ownership Market Place Inc. devait, quant à elle, intervenir dans l’investissement immobilier et proposer notamment des mécanismes d’acquisition de logements par versements successifs.

Selon Z. K., Diallo lui avait expliqué qu’elle pourrait elle-même devenir propriétaire grâce à l’un de ces dispositifs.

L’entrepreneur envisageait également de développer certaines de ses activités dans plusieurs pays africains, notamment au Sénégal, au Ghana, au Liberia, en Ouganda et au Kenya.

La liste des pièces judiciaires mentionne un accord relatif à un fonds d’accession à la propriété, daté de décembre 2018. Son contenu devra permettre de mieux comprendre la structure de ce projet.

Des ambitions qui dépassaient les États-Unis

L’Afrique occupait une place importante dans les perspectives présentées par Diallo.

Au-delà de l’immobilier, il aurait notamment évoqué un vaste programme de développement de l’accès à Internet sans fil à haut débit sur le continent.

Dans sa déclaration, Z. K. affirme que Diallo lui avait parlé d’un financement d’un milliard de dollars associé à Liquide. Cette affirmation, rapportée par la témoin, ne constitue pas une confirmation indépendante de la mobilisation de cette somme.

Elle témoigne néanmoins de l’envergure des ambitions commerciales que l’entrepreneur présentait à ses interlocuteurs.

Le Sénégal figurait également parmi les pays où Diallo souhaitait développer des projets, dont une initiative hospitalière qui occupe une place particulière dans la procédure américaine.

Quelle réalité économique derrière cet ensemble ?

Contrairement aux autres entreprises évoquées dans le témoignage, Virtual Advisors et Liquide disposent, dans les pièces judiciaires que nous avons examinées, de documents administratifs et bancaires permettant d’établir leur existence juridique et de retracer une partie de leurs activités financières.

Pour les autres structures, les témoignages permettent de connaître les activités annoncées, mais ne suffisent pas à établir leur niveau de développement, leurs effectifs ou leurs résultats commerciaux.

L’examen du fonctionnement financier de Virtual Advisors et de Liquide constitue d’ailleurs l’un des enjeux de la procédure.

Dans un rapport daté du 16 juillet 2026, un expert financier sollicité par la défense reconnaît l’exactitude des mouvements bancaires repris dans les tableaux du gouvernement américain, tout en estimant que ces documents ne tiennent pas compte de l’ensemble des éléments comptables et commerciaux nécessaires à la qualification des dépenses.

La question ne se limite donc pas à l’existence des entreprises. Elle concerne également leur fonctionnement, les moyens dont elles disposaient et les activités qu’elles avaient effectivement réalisées.

Virtual Advisors, Liquide, Ymmersion, Evarsity, Streamliner, Home Ownership Market Place et Financial Deck dessinent ainsi les contours d’un ensemble entrepreneurial aux ambitions considérables.

Reste à comprendre comment cet ensemble était financé.

Car derrière ces entreprises et ces projets apparaissent des investisseurs qui ont accepté de mobiliser des sommes parfois importantes, dans l’espoir de participer à leur développement.

Qui étaient ces investisseurs, quelles perspectives leur avaient été présentées et qu’est devenu leur argent ?

C’est l’autre dimension de l’affaire Amadou Kane Diallo, sur laquelle DËKBI reviendra dans le prochain volet de son enquête.

Par Ahmadou Kane

Ahmadou Kane est journaliste et fondateur de Dëkbi. Basé dans la région de New York, il couvre les institutions américaines, les Nations unies, la diplomatie, l’économie africaine et les diasporas, avec une attention particulière aux relations entre le Sénégal, l’Afrique et les États-Unis.

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