les révélations explosives de Sonko sur la rupture au sommet de l’Etat
La rupture entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye n’est plus une simple rumeur de couloirs. Lors d’une conférence de presse tenue le 2 juin 2026, le président de Pastef a livré pendant plusieurs heures sa version des événements qui ont conduit à son limogeage de la Primature, mais aussi à la fracture politique qui secoue aujourd’hui le pouvoir issu de l’alternance de 2024. Plusieurs des éléments évoqués confirment l’existence d’un conflit profond qui dépasse désormais le simple cadre gouvernemental.
Revenant sur son départ du gouvernement, Sonko a expliqué avoir été convoqué par le président de la République dans l’après-midi précédant l’annonce officielle de son limogeage. Selon son récit, Bassirou Diomaye Faye lui aurait indiqué que leur compagnonnage devenait difficile à poursuivre en raison de certaines de ses déclarations publiques. Le chef de l’État lui aurait alors proposé de présenter leur séparation comme une décision prise d’un commun accord. Une formulation que Sonko dit avoir catégoriquement refusée.
Selon lui, il aurait répondu au président qu’il devait assumer seul cette décision. Il affirme même avoir proposé d’accompagner la transition et de contribuer à la mise en place d’un nouveau gouvernement afin d’éviter une crise institutionnelle. Une proposition qui n’aurait pas été retenue. Quelques heures plus tard, après un échange de messages avec le président, il apprenait officiellement sa révocation et quittait la résidence du Premier ministre.
Mais la partie la plus marquante de sa déclaration concerne sans doute la relation politique qui le lie à Bassirou Diomaye Faye depuis leurs années de combat au sein de Pastef.
Sonko est revenu sur ce qu’il présente comme un engagement moral conclu entre les deux hommes pendant leur détention au Cap Manuel avant l’élection présidentielle de 2024. Selon lui, alors qu’il savait sa propre candidature compromise, plusieurs acteurs lui auraient proposé un report de l’élection présidentielle. Il affirme avoir rejeté cette option et avoir choisi de porter la candidature de Diomaye.Le leader de Pastef raconte avoir expliqué à son compagnon politique qu’ils allaient ensemble remporter l’élection, conduire les réformes les plus difficiles durant un premier mandat puis remettre les choses « à leur place » à l’avenir en tenant compte de la question de la légitimité politique.
Toujours selon Sonko, Bassirou Diomaye Faye ne se serait pas opposé à cette réflexion et aurait même estimé que les réformes les plus difficiles pourraient être assumées durant ce premier mandat.
Pour renforcer la portée de son témoignage, Sonko affirme avoir voulu faire venir plusieurs responsables du parti afin qu’ils servent de témoins de cette discussion. Il soutient que Diomaye lui aurait alors répondu qu’il n’en était pas nécessaire, allant jusqu’à lui assurer que s’il devait un jour le trahir, il quitterait la politique. Sonko a également rappelé le lien personnel qui les unit, affirmant que Diomaye avait donné son prénom à l’un de ses fils.
Au-delà du différend personnel, Sonko a surtout voulu démontrer qu’il demeure le véritable centre de gravité politique de Pastef. Évoquant des débats internes du parti, il a affirmé avoir déjà dit au président que sa force politique réelle pouvait être mesurée sur le terrain. Selon lui, un meeting organisé par Pastef sans sa présence ne mobiliserait pas les foules habituelles. Il a également rappelé que Diomaye n’avait jamais remporté seul sa commune d’origine avant l’aventure politique commune qui les a conduits au pouvoir.Ces déclarations illustrent une bataille désormais ouverte autour de la question de la légitimité politique au sein du mouvement.
Sonko a également révélé plusieurs tentatives de médiation entreprises pour résoudre la crise. Il affirme avoir mandaté plusieurs personnalités de premier plan du régime, notamment Birame Soulèye Diop, Alioune Sall et El Malick Ndiaye, afin d’établir un dialogue avec le camp présidentiel.
Selon son récit, ces discussions auraient principalement eu lieu avec Al Aminou Lo. Certains points auraient fait l’objet d’avancées, tandis que d’autres nécessitaient un arbitrage direct du président de la République. Sonko soutient qu’il avait été convenu que Bassirou Diomaye Faye le rappellerait personnellement afin de poursuivre les échanges. Un appel qui, selon lui, n’est jamais venu.
Le président de Pastef n’a d’ailleurs pas ménagé le nouveau Premier ministre. Il a publiquement mis en cause Al Aminou Lo, l’accusant d’avoir joué un rôle dans les tensions actuelles et allant jusqu’à évoquer le dossier des dettes cachées qui continue de peser sur les finances publiques sénégalaises. Ces accusations constituent l’un des passages les plus offensifs de son intervention.
Sur le terrain institutionnel, Sonko a adressé un avertissement clair au nouveau pouvoir. Il a rappelé que Pastef conserve une majorité écrasante à l’Assemblée nationale. Cette majorité pourrait, selon lui, utiliser tous les mécanismes parlementaires prévus par la Constitution. Il a notamment évoqué la possibilité d’une motion de censure contre le gouvernement.
Toutefois, il affirme ne pas vouloir être à l’origine d’une confrontation institutionnelle. Selon lui, cette option ne sera envisagée que si le président de la République ou ses alliés décident d’attaquer politiquement Pastef. Dans le même registre, Sonko a déclaré être informé des discussions ayant précédé la récente saisine du Conseil constitutionnel concernant sa situation parlementaire. Il estime que les initiateurs de cette démarche connaissaient les précédents juridiques existants et savaient que leur recours risquait d’être déclaré irrecevable. Il y voit la preuve d’une stratégie politique plus large visant à affaiblir son camp.
À travers cette conférence de presse, Ousmane Sonko n’a pas seulement raconté les circonstances de son départ du gouvernement. Il a surtout cherché à imposer un récit politique : celui d’un homme qui estime avoir porté l’alternance de 2024, choisi le candidat devenu président et contribué à la victoire du projet Pastef avant d’être progressivement marginalisé.
Cette sortie marque probablement le début d’une nouvelle phase politique au Sénégal. Désormais, la crise ne se déroule plus dans les coulisses du pouvoir. Elle est assumée publiquement par les principaux protagonistes et place le pays devant une situation inédite : un président de la République et le leader de la majorité parlementaire issus du même camp, mais engagés dans un rapport de force qui pourrait redessiner durablement l’équilibre du pouvoir sénégalais.



