Zohran Mamdani : Un fils d’Afrique qui veut réinventer la ville New York
Les new-yorkais vont élire un nouveau maire le 4 novembre prochain. Le maire actuel Éric Adams avait décidé de ne plus se présenter. C’est donc dans une sorte de vacarme de la campagne électorale pour diriger la plus grande ville du monde qui pèse plus de 100 milliards de dollars avec 8,5 millions d’habitants qu’une voix douce, posée mais déterminée, s’élève depuis le Queens une des banlieues de New York . Celle de Zohran Kwame Mamdani, fils d’intellectuels, musulman, socialiste, et désormais figure montante de la gauche new-yorkaise. À 33 ans, cet élu du district d’Astoria incarne la convergence rare entre la pensée africaine, la foi et l’action sociale.
Né à Kampala, capitale de l’Ouganda, Zohran Mamdani a grandi au carrefour de trois continents.Son père, Mahmood Mamdani, est l’un des plus grands penseurs africains contemporains professeur à Columbia University et auteur de nombreux ouvrages sur la décolonisation, les identités postcoloniales et la mémoire des violences.Sa mère, Mira Nair, est une réalisatrice indienne mondialement reconnue (Monsoon Wedding, Salaam Bombay!), engagée dans une œuvre profondément humaniste. Leur union symbolisait déjà un monde sans frontières : un intellectuel africain musulman et une artiste hindoue, réunis par la culture, le dialogue et la liberté de pensée.
Zohran, Un homonyme de Kwame Nkrumah
Le deuxième prénom de Zohran: Kwame, n’est pas un hasard. Il le porte en hommage au panafricaniste ghanéen Kwame Nkrumah, premier président du Ghana indépendant et figure majeure du nationalisme africain.
Un choix lourd de sens voulu par son père, grand admirateur du dirigeant ghanéen. Chez les Mamdani, cette admiration allait au-delà du symbole : elle incarnait un idéal intellectuel, celui d’une Afrique fière, souveraine, et ouverte sur le monde. C’est dans ce sillage que Zohran a forgé sa propre doctrine: un socialisme ancré dans la dignité et l’égalité.
Dans le Queens, Zohran grandit entre les valeurs de l’islam transmises par son père et l’esprit ouvert et artistique de sa mère. « J’ai appris très tôt que la foi et la liberté ne s’opposent pas, elles s’enrichissent », confiait-il récemment.Il revendique une identité musulmane apaisée, profondément spirituelle mais jamais sectaire :« Ma foi ne me sépare pas du monde, elle me pousse à le rendre plus juste. »Cette vision de l’islam comme moteur d’équité sociale se reflète dans son action politique : défense du logement abordable, lutte contre la pauvreté, égalité raciale, protection des travailleurs migrants.
De la rue à l’Assemblée : l’élu du peuple
Avant la politique, Zohran travaille dans des associations de quartier, notamment comme conseiller en prévention des saisies immobilières. Il aide des familles menacées d’expulsion à conserver leur maison — une expérience fondatrice.
En 2020, il est élu à l’Assemblée nationale de l’État de New York, représentant le 36ᵉ district, sous la bannière des Democratic Socialists of America (DSA). Pour lui, le socialisme n’est pas une idéologie abstraite, mais « une forme de compassion organisée ».
Culture, Afrique et conscience politique
En parallèle de son engagement, Zohran cultive une fibre artistique héritée de sa mère. En 2016, il s’est illustré dans un clip musical tourné à Kampala, “Stay Up”, sous le pseudonyme Young Cardamom.
Une parenthèse artistique, mais symbolique : un pont entre son enfance africaine et sa vie new-yorkaise.

Chez lui, la culture et la politique ne s’opposent pas elles dialoguent.
Un citoyen du monde, ancré dans sa foi
Musulman, Africain, Américain, fils d’une hindoue, socialiste et new-yorkais : Zohran Mamdani refuse les étiquettes figées.Il incarne une génération métisse, à la fois spirituelle et laïque, militante et poétique, qui parle d’avenir sans renier ses origines. S’il remportait la mairie de New York, il deviendrait le premier maire musulman et afro-asiatique de la ville un symbole fort dans une Amérique encore divisée. Mais pour lui, l’essentiel est ailleurs : « Ce n’est pas une question de première fois. C’est plutôt une question de justice. » a-t-il déclaré.



