Le rapport financier entre l’Afrique et la Chine est entré dans une nouvelle phase. Les anciens prêts continuent d’être remboursés alors que les nouveaux engagements ont fortement diminué. Résultat : sur certaines périodes, davantage d’argent quitte le continent vers la Chine qu’il n’en arrive sous forme de nouveaux financements.
Un renversement des flux
L’analyse The Great Reversal publiée par ONE Data montre que la Chine est passée, pour les pays à revenu faible et intermédiaire, d’une position de fournisseur net de financements à celle de bénéficiaire net des remboursements. Pour l’Afrique, ONE a évalué le passage d’une entrée nette de 30 milliards de dollars entre 2015 et 2019 à une sortie nette de 22 milliards entre 2020 et 2024.
Ce chiffre ne signifie pas que la Chine a cessé d’investir ou de prêter en Afrique. Il mesure la différence entre les nouveaux fonds reçus et les remboursements effectués. Les prêts contractés lors de la première phase des grands projets d’infrastructures arrivent à échéance au moment où Pékin finance moins de mégaprojets.
Des prêts plus rares et plus ciblés
La base de données de l’Université de Boston recense 1 319 engagements de prêts chinois, représentant environ 180,9 milliards de dollars entre 2000 et 2024. Depuis 2020, les nouveaux engagements annuels sont restés sous la barre des 5 milliards de dollars, très loin des sommets observés pendant l’expansion initiale des Nouvelles routes de la soie.
La Chine privilégie désormais des opérations plus sélectives, parfois libellées en yuan ou acheminées par des institutions financières africaines. Pour les gouvernements africains, le problème est double : continuer à assurer le service des anciennes dettes tout en trouvant de nouvelles ressources pour les infrastructures, la santé et l’éducation.
Les institutions multilatérales prennent une place croissante, mais leurs financements ne compensent pas toujours la baisse des prêts bilatéraux ni le coût élevé des marchés obligataires. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de savoir combien l’Afrique doit à la Chine, mais quelles recettes les projets financés produisent et si leurs conditions de remboursement restent soutenables.
Note de mise à jour — 21 octobre 2026 : le texte a été réécrit afin de distinguer nouveaux prêts, remboursements, investissements et flux nets. Les données sont désormais reliées à leurs sources.
