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Africa Forward: La France mise sur le Kenya pour redéfinir sa stratégie africaine

Le choix du Kenya pour accueillir le sommet Africa Forward 2026 marque un tournant important dans la stratégie africaine de la France. Longtemps concentrée sur ses anciennes colonies francophones d’Afrique de l’Ouest et centrale, Paris cherche désormais à renforcer sa présence dans des pays anglophones considérés comme plus stables économiquement et diplomatiquement.

Organisé à Nairobi les 11 et 12 mai 2026, le sommet Africa Forward réunit plus de 30 chefs d’État et de gouvernement africains, des investisseurs, des dirigeants d’entreprises, des institutions financières internationales et des représentants d’organisations multilatérales. L’événement est coorganisé par le président kényan William Ruto et le président français Emmanuel Macron.  

Parmi les dirigeants déjà arrivés à Nairobi figurent notamment Bassirou Diomaye Faye, Bola Tinubu, Alassane Ouattara, Julius Maada Bio, Joseph Boakai ainsi que le président gabonais Brice Oligui Nguema. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres participe également aux échanges.  

Le programme s’articule autour de plusieurs activités économiques et diplomatiques. La première journée est principalement consacrée à un forum d’affaires réunissant investisseurs, entreprises africaines et groupes français. Des sessions de “business to business”, des ateliers sectoriels et des rencontres consacrées à l’innovation, au numérique, à l’intelligence artificielle, à l’énergie, aux infrastructures et au financement du développement sont organisés à Nairobi.  

La seconde journée doit être marquée par le sommet des chefs d’État au Centre international de conférences Kenyatta (KICC), avec des séances plénières et plusieurs tables rondes sur la réforme du système financier international, le commerce africain, le climat, la jeunesse, l’emploi et l’investissement. Les discussions devraient déboucher sur l’adoption d’une “Déclaration de Nairobi” destinée à fixer les grandes orientations du partenariat Afrique-France pour les prochaines années.  

Le Kenya occupe aujourd’hui une place stratégique en Afrique de l’Est. Le pays est devenu un important centre diplomatique et financier régional, accueillant de nombreuses organisations internationales et attirant des investissements dans les secteurs de la technologie, des télécommunications et des infrastructures. Nairobi est également perçue comme une porte d’entrée vers les marchés d’Afrique orientale.

Ce repositionnement intervient dans un contexte difficile pour la France sur le continent. Ces dernières années, Paris a perdu une partie de son influence au Sahel après les ruptures avec les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger. La montée du sentiment anti-français dans plusieurs pays francophones a poussé l’exécutif français à revoir son approche africaine.  

À Nairobi, Emmanuel Macron défend l’idée d’un partenariat “d’égal à égal” avec les pays africains et insiste sur la nécessité de tourner la page de la “Françafrique”. Plusieurs accords économiques ont déjà été annoncés dans les domaines portuaire, énergétique et numérique, notamment entre des entreprises françaises et les autorités kényanes.  

Mais cette nouvelle orientation suscite aussi des interrogations. Certains observateurs estiment que la France cherche surtout à préserver son influence économique et géopolitique en Afrique face à la montée en puissance de la Chine, des pays du Golfe, de la Turquie ou encore de la Russie. D’autres considèrent que le choix d’un pays anglophone comme le Kenya permet à Paris de projeter une image plus moderne et moins liée à son passé colonial en Afrique francophone.