Aux États-Unis, l’avenir de la loterie de la Green Card se joue désormais sur deux fronts. Alors que la justice fédérale vient d’ordonner à l’administration Trump de relancer les inscriptions pour l’édition 2027, un parlementaire républicain a présenté une proposition de loi visant à supprimer définitivement ce programme d’immigration légale, dont bénéficient chaque année des milliers d’Africains.

Chaque année, des dizaines de milliers de candidats à travers le monde sont sélectionnés à la loterie américaine de la carte verte. Mais aujourd’hui, le programme se retrouve au cœur d’un bras de fer entre l’administration Trump et la justice fédérale. Dans cette confrontation autour de la Diversity Visa Lottery, une initiative politique vient donner une nouvelle tournure au dossier. Le jeudi 22 octobre 2026, Keith Self, représentant républicain du Texas, a annoncé le dépôt d’une proposition de loi destinée à mettre fin au programme qui permet d’attribuer jusqu’à 55 000 visas d’immigration par an à des ressortissants de pays historiquement peu représentés dans les flux migratoires vers les États-Unis.

Spécimen de carte verte américaine illustrant le programme Diversity Visa

Dans son communiqué officiel, le parlementaire dénonce un dispositif qu’il juge défaillant, évoquant notamment des fraudes et des insuffisances dans les contrôles d’identité. Il s’en prend également aux magistrats fédéraux qui tentent de contraindre l’administration Trump à maintenir le programme.

Mais derrière cette offensive politique se cache un enjeu juridique autrement plus important : la Green Card Lottery demeure un programme institué par une loi du Congrès. Tant que cette législation n’est pas abrogée, l’administration américaine ne peut décider librement de sa disparition.

Une décision judiciaire qui contrarie l’administration Trump

Le 14 octobre, la juge fédérale Jinsook Ohta, siégeant en Californie, a donné raison aux contestataires de la suspension du programme DV-2027. Dans l’affaire Red Eagle Law, L.C. v. Rubio, elle a ordonné au Département d’État de reprendre les procédures d’inscription conformément à la législation américaine.

Selon le calendrier judiciaire réaménagé, Washington doit annoncer les modalités d’inscription au plus tard le 29 octobre et ouvrir la période de candidature au plus tard le 1er novembre, pour une durée de 30 jours. La notification des personnes sélectionnées est prévue au plus tard le 3 décembre.

L’administration Trump a toutefois fait appel de cette décision. Ces échéances restent donc tributaires de l’évolution du contentieux.

C’est dans ce contexte que survient l’initiative de Keith Self. Là où la justice rappelle à l’exécutif son obligation d’appliquer la loi existante, le parlementaire propose de modifier précisément cette loi pour supprimer le programme à sa source.

Son texte prévoit notamment l’abrogation des dispositions de l’Immigration and Nationality Act encadrant l’attribution des visas de diversité. À ce stade, il ne s’agit que d’une proposition : aucune suppression définitive n’a été votée.

L’Afrique particulièrement concernée

Créée en 1990, la loterie de la diversité constitue une voie d’accès à la résidence permanente américaine pour des candidats qui ne disposent pas nécessairement d’un parrainage familial ou professionnel aux États-Unis.

Les pays africains figurent parmi les principaux bénéficiaires du dispositif. Pour l’édition DV-2026, les statistiques officielles du Département d’État recensent notamment 5 527 personnes sélectionnées et membres de famille associés pour l’Égypte, 5 457 pour l’Algérie, 3 949 pour le Kenya, 3 533 pour le Cameroun et 478 pour le Sénégal.

Ces chiffres ne correspondent pas au nombre de visas effectivement délivrés. Pour les candidats africains, l’incertitude porte désormais autant sur l’ouverture de la prochaine loterie que sur la survie à terme du programme.

Par Ahmadou Kane

Ahmadou Kane est journaliste et fondateur de Dëkbi. Basé dans la région de New York, il couvre les institutions américaines, les Nations unies, la diplomatie, l’économie africaine et les diasporas, avec une attention particulière aux relations entre le Sénégal, l’Afrique et les États-Unis.

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