En retirant sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, Macky Sall met fin à sept mois de campagne diplomatique. L’ancien président sénégalais n’a pas réussi à convaincre le Conseil de sécurité. Mais sa candidature lui a permis de revenir à Dakar après plus de deux ans d’absence, d’être reçu au palais présidentiel et d’obtenir le soutien de Bassirou Diomaye Faye, son successeur, alors que les violences politiques et la dette publique continuent de nourrir les controverses sur son bilan.

Le 17 octobre 2026, Macky Sall a annoncé depuis Marrakech le retrait de sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies. La veille, le sixième vote indicatif du Conseil de sécurité s’était soldé par cinq encouragements et dix découragements, dont trois provenant de membres permanents.

La campagne avait commencé le 2 mars, lorsque le Burundi avait présenté officiellement sa candidature. Sept mois plus tard, l’ancien président sénégalais quitte la compétition sans avoir réuni la majorité nécessaire au Conseil de sécurité. Entre-temps, il a effectué son premier retour au Sénégal depuis avril 2024 et obtenu l’appui officiel des autorités sénégalaises.

Un départ après plusieurs années de tensions

Le 2 avril 2024, Macky Sall remet le pouvoir à Bassirou Diomaye Faye, élu président de la République après douze années de présidence de son prédécesseur. Le Sénégal sort alors de plusieurs années de confrontations politiques marquées par des manifestations, des morts et de nombreuses arrestations.

Depuis mars 2021, les tensions entre le pouvoir et l’opposition avaient provoqué plusieurs vagues de violences. En février 2024, la décision de Macky Sall de reporter l’élection présidentielle prévue le 25 février ouvre une nouvelle crise. Le Conseil constitutionnel invalide le report et le scrutin se tient finalement le 24 mars.

Le 13 mars, Macky Sall promulgue une loi d’amnistie couvrant des faits liés aux événements politiques survenus entre février 2021 et février 2024. Le lendemain, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, emprisonnés sous son régime, retrouvent la liberté. Diomaye Faye remporte l’élection présidentielle dix jours plus tard, avec le soutien de Sonko.

Après l’alternance, des associations de victimes réclament la vérité sur les violences et contestent l’amnistie. Une proposition d’abrogation générale ne passe pas à l’Assemblée nationale. La majorité adopte ensuite, le 2 avril 2025, une loi interprétative précisant les infractions exclues du champ de l’amnistie. Le débat sur les responsabilités dans les violences politiques se poursuit.

Deux ans plus tard, Macky Sall revient au palais

Installé au Maroc après son départ du pouvoir, Macky Sall revient au Sénégal le 17 juillet 2026, pour la première fois depuis plus de deux ans. Le déplacement s’inscrit dans sa campagne pour le secrétariat général de l’ONU, engagée avec le soutien du Burundi.

À Dakar, l’ancien président est accueilli par ses partisans. Il se rend ensuite au palais de la République, où Bassirou Diomaye Faye le reçoit. La rencontre réunit l’ancien chef de l’État et l’un des principaux responsables de l’opposition qui avait été emprisonné sous son régime.

Le retour suscite des réactions contrastées. Les partisans de Macky Sall saluent sa présence à Dakar, tandis que des associations de victimes des violences politiques continuent de réclamer justice.

Trois jours après la rencontre au palais, le 20 juillet, Bassirou Diomaye Faye apporte le soutien officiel du Sénégal à la candidature de son prédécesseur. Le gouvernement et les représentations diplomatiques sénégalaises sont appelés à se mobiliser en sa faveur.

La décision intervient après une période de réserve de Dakar. Lorsque le Burundi avait présenté Macky Sall, le 2 mars, les autorités sénégalaises avaient indiqué ne pas avoir été associées à la démarche. Au niveau de l’Union africaine, des objections de plusieurs États avaient également empêché l’adoption d’un soutien continental par procédure de silence.

En juillet, Macky Sall dispose désormais du soutien officiel de son pays. L’Alliance pour la République, son parti, reste dans l’opposition, tandis que les différends entre l’ancien régime et les nouvelles autorités se poursuivent.

La dette cachée et les déclarations de Diomaye Faye à New York

Aux tensions politiques s’ajoute la crise des finances publiques révélée après l’alternance. Les nouvelles autorités annoncent avoir découvert des irrégularités dans les comptes de l’État. Les travaux de la Cour des comptes et les vérifications du Fonds monétaire international mettent en évidence une sous-déclaration de la dette et des déficits budgétaires sous l’ancien régime.

La réévaluation des engagements de l’État porte le ratio d’endettement à plus de 100 % du produit intérieur brut. Le FMI suspend son ancien programme et les autorités sénégalaises engagent des discussions avec l’institution et les créanciers. En octobre 2026, la question du traitement de la dette demeure au cœur des négociations financières de Dakar.

Les nouvelles autorités mettent en cause la gestion des finances publiques sous Macky Sall. L’ancien président et plusieurs de ses collaborateurs contestent les accusations formulées à leur encontre.

Le 24 septembre 2026, à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Bassirou Diomaye Faye accorde un entretien conjoint à France 24 et RFI. Interrogé sur la candidature de son prédécesseur, il défend son expérience dans les questions de financement du développement.

« Qui est de mieux aujourd’hui pour défendre une meilleure place de l’Afrique que le président Macky Sall ? », demande-t-il. Il rappelle également que l’ancien chef de l’État a lui-même « subi les affres de la dette », en évoquant les difficultés auxquelles les pays africains sont confrontés dans le système financier international.

Ces propos sont tenus alors que le Sénégal poursuit ses discussions avec le FMI et ses créanciers à la suite des révélations sur la dette sous-déclarée. Macky Sall avait, pour sa part, défendu une réforme du financement des économies africaines lorsqu’il assurait la présidence de l’Union africaine en 2022.

Deux mois après avoir reçu Macky Sall au palais et apporté le soutien officiel du Sénégal à sa candidature, Bassirou Diomaye Faye défend ainsi publiquement son expérience diplomatique devant des médias internationaux.

Sept mois de démarches diplomatiques

La campagne pour l’ONU permet aussi à Macky Sall de reprendre une activité diplomatique soutenue. Avec l’appui du Burundi et de plusieurs personnalités africaines, il multiplie les consultations et les rencontres bilatérales. D’anciens responsables sénégalais, notamment Oumar Demba Ba et Mankeur Ndiaye, participent à ses démarches.

L’ancien président met en avant son expérience à la tête du Sénégal, son passage à la présidence de l’Union africaine et ses positions sur la paix, le multilatéralisme et le financement du développement.

Les votes indicatifs du Conseil de sécurité restent cependant défavorables. Lors de la première consultation, le 30 juillet, il obtient six encouragements, sept découragements et deux bulletins sans opinion. Au sixième scrutin, le 16 octobre, il ne recueille plus que cinq encouragements contre dix découragements. Trois membres permanents expriment alors un avis défavorable.

Le 17 octobre, Macky Sall annonce son retrait après avoir consulté les présidents du Burundi et du Sénégal.

La candidature n’a pas abouti à son élection à la tête des Nations unies. Elle lui aura néanmoins permis de revenir à Dakar le 17 juillet, de rencontrer son successeur au palais présidentiel, d’obtenir le soutien officiel du Sénégal le 20 juillet et de voir Bassirou Diomaye Faye défendre publiquement son expérience à New York le 24 septembre.

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