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Le Prix Nobel de la paix 2026 décerné à la Sud africaine Navi Pillay

La juriste sud-africaine Navi Pillay a reçu, ce vendredi 9 octobre, le prix Nobel de la paix pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international. À 85 ans, l’ancienne Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme dédie cette distinction aux survivants des crimes internationaux et appelle à défendre les tribunaux indépendants.

Navi Pillay était dans la salle 600 du palais de justice de Nuremberg, où furent jugés les dirigeants nazis, lorsqu’elle a appris la nouvelle. Venue participer à un forum sur la justice internationale, elle a d’abord cru à une mauvaise nouvelle en voyant le visage sérieux du directeur de l’Académie des principes de Nuremberg. Quelques instants plus tard, la surprise laisse place à l’émotion.

« Ce n’est pas seulement une récompense pour une seule personne. C’est pour nous tous », explique-t-elle lors de l’appel du secrétaire du Comité Nobel. La lauréate associe à cette reconnaissance les institutions qu’elle a servies, les défenseurs des droits humains et les victimes dont elle a porté la parole.

Son parcours commence en Afrique du Sud, sous l’apartheid. Avocate d’origine indienne, elle défend des opposants au régime, expose des actes de torture et contribue à faire reconnaître les droits des prisonniers politiques de Robben Island. Elle mène ce combat dans un système dont elle subit elle-même les discriminations.

C’est au Tribunal pénal international pour le Rwanda qu’elle participe à l’une des avancées majeures de la justice internationale. Le 2 septembre 1998, dans l’affaire Jean-Paul Akayesu, la chambre reconnaît que le viol et les violences sexuelles peuvent constituer des actes de génocide lorsqu’ils visent à détruire un groupe protégé. Pillay siège alors avec le Suédois Lennart Aspegren et le Sénégalais Laïty Kama, président de la chambre. Ce jugement place les violences subies par les femmes au cœur de la reconnaissance judiciaire du génocide.

Elle préside ensuite la chambre chargée du procès des responsables de la radio RTLM et du journal Kangura. Leur condamnation en première instance, en décembre 2003, établit la responsabilité de dirigeants de médias dans le génocide des Tutsis et l’incitation à le commettre. Le jugement sera partiellement révisé en appel.

Plus récemment, la commission d’enquête indépendante de l’ONU qu’elle présidait a conclu, en septembre 2025, qu’Israël avait commis un génocide à Gaza. Cette conclusion relève d’une enquête internationale et ne constitue pas un jugement de la Cour internationale de justice.

Depuis Nuremberg, Pillay avertit que les attaques contre la justice internationale risquent de ramener le monde à un ordre où la puissance détermine quelles souffrances comptent. Elle rappelle aux dirigeants leur obligation juridique de protéger les droits humains.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a aussi salué son courage, son intégrité et son engagement pour la justice. À l’ONU, Volker Türk voit dans cette distinction une reconnaissance de tous ceux qui défendent les droits humains, souvent au péril de leur sécurité.