Diomaye–Sonko : l’heure du face-à-face, entre responsabilités partagées et bataille pour l’opinion
Le divorce politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, est désormais pleinement consommé. Après plusieurs semaines de déclarations, de prises de position et de signaux politiques, les deux hommes semblent avoir choisi d’engager une confrontation qui s’annonce déterminante pour l’avenir du paysage politique sénégalais.Le lancement du nouveau parti du chef de l’État marque un tournant. En créant sa propre formation politique, Bassirou Diomaye Faye affirme son autonomie et ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. Face à lui, Ousmane Sonko entend conserver son statut de leader populaire et de principal animateur de l’opposition au nouveau pouvoir.
Mais cette confrontation présente une particularité rarement observée dans l’histoire politique récente du Sénégal : les deux protagonistes portent ensemble une partie du bilan qu’ils s’apprêtent désormais à s’opposer.
Pendant des années, Diomaye Faye et Sonko ont mené le même combat. Ensemble, ils ont dénoncé le régime de Macky Sall, porté le projet de rupture de PASTEF et construit une offre politique qui leur a permis d’accéder au pouvoir. Une fois élus, ils ont gouverné côte à côte, l’un à la présidence de la République, l’autre à la Primature. C’est précisément cette histoire commune qui rend leur affrontement particulièrement complexe. Chaque critique adressée à l’ancien allié expose son auteur à une question de cohérence. Si l’un dénonce aujourd’hui une décision prise durant leur collaboration, il lui sera rappelé qu’il participait alors au même projet politique. Si l’autre revendique seul les réussites du pouvoir, ses adversaires lui opposeront le caractère collectif des décisions prises au sommet de l’État.Cette responsabilité mutuelle constitue sans doute le principal dilemme de leur confrontation.
Les premières piques échangées illustrent déjà cette logique.Lors du lancement de son parti, Bassirou Diomaye Faye a déclaré que « celui qui a l’habitude d’appeler aux troubles n’aura plus gain de cause », une phrase largement interprétée par de nombreux observateurs comme une allusion à Ousmane Sonko et à la stratégie de mobilisation populaire qui avait caractérisé les années de confrontation avec le régime de Macky Sall. Sans citer nommément son ancien compagnon, le président semble vouloir se démarquer d’une pratique politique fondée sur les appels à la mobilisation permanente et présenter son camp comme celui de la stabilité institutionnelle. Cette lecture comporte cependant une difficulté politique. Pendant toute cette période de tensions, Diomaye Faye appartenait au même mouvement, partageait le même combat politique et défendait publiquement son leader. Dès lors, ses adversaires ne manqueront pas de lui rappeler que cette stratégie était aussi celle de PASTEF dans son ensemble.
Ousmane Sonko, lui, a choisi un autre angle d’attaque. En déplacement à Fatick, le lendemain a exhorté le gouvernement à annoncer la date des prochaines élections locales. « Les Sénégalais, lorsqu’ils sont fâchés contre un politicien, attendent les élections pour lui montrer leur mécontentement », a-t-il déclaré, laissant entendre que le verdict des urnes pourrait sanctionner le pouvoir en place. À travers cette sortie, Sonko cherche à déplacer le débat sur le terrain de la légitimité populaire. Son message est clair : si le pouvoir est convaincu de disposer de l’adhésion des Sénégalais, il doit accepter l’épreuve des urnes.



