Sonko à l’Assemblée nationale : bataille juridique et tensions politiques autour d’un retour contesté
Le débat autour d’un éventuel retour de Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale prend une ampleur politique et juridique considérable au Sénégal. Depuis le limogeage du Premier ministre par Bassirou Diomaye Faye le 22 mai 2026 et la démission de El Malick Ndiaye de la présidence de l’Assemblée nationale, plusieurs responsables politiques, juristes et anciens parlementaires multiplient les prises de position sur la légalité d’une éventuelle réintégration de Sonko comme député, avant une possible accession au perchoir.
Dans une déclaration particulièrement ferme, Samba Sy dénonce ce qu’il considère comme « une grave manœuvre dangereuse » et « une violation flagrante de l’esprit et de la lettre des textes ». Le dirigeant du PIT estime que le mandat parlementaire de Sonko a pris fin lorsqu’il a choisi de conserver ses fonctions de Premier ministre en décembre 2024. Selon lui, toute tentative de retour à l’Assemblée nationale constituerait un piétinement des principes républicains et une menace pour la stabilité institutionnelle du pays.
Le juriste et ancien parlementaire Moussa Tine développe une analyse similaire. Il soutient que l’article 54 de la Constitution, applicable en 2024, ne prévoyait nullement la suspension d’un mandat parlementaire ni sa récupération après des fonctions gouvernementales. Il rappelle que le mécanisme de réintégration n’a été introduit qu’avec la loi organique n°2025-11 du 18 août 2025 portant règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Pour lui, cette disposition ne peut rétroagir pour couvrir une démission intervenue plusieurs mois auparavant.
Moussa Tine soulève également un autre point sensible : celui du cumul temporaire des fonctions. Selon lui, tant qu’un nouveau Premier ministre n’est pas nommé et que la passation n’est pas effective, Ousmane Sonko continuerait à expédier les affaires courantes du gouvernement. Une installation simultanée à la tête de l’Assemblée nationale créerait alors une confusion entre les pouvoirs exécutif et législatif, contraire au principe de séparation des pouvoirs.
Même ligne du côté de Alioune Souaré. Dans son analyse, il insiste sur les articles 54 de la Constitution et 132 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Il affirme qu’aucun de ces textes ne mentionne une suspension du mandat parlementaire. Selon lui, Ousmane Sonko avait clairement opté pour le maintien à la Primature et la démission de son mandat de député dans les délais légaux. Alioune Souaré invoque également le principe de non-rétroactivité de la loi pour écarter toute application du règlement intérieur adopté en 2025.
L’ancien député Babacar Gaye partage cette interprétation. Il estime que les dispositions du Code électoral, du règlement intérieur de l’Assemblée nationale et de la Constitution convergent toutes vers une incompatibilité définitive entre le mandat parlementaire exercé par Sonko et ses fonctions gouvernementales maintenues après son élection. Babacar Gaye souligne que le leader de PASTEF n’avait pas quitté la Primature après son installation comme député afin d’être éventuellement reconduit par décret présidentiel. Pour lui, cette séquence confirme que Sonko a définitivement perdu son mandat parlementaire dès décembre 2024.
Au sein de l’opposition parlementaire, le ton monte également. Le groupe Takku Wallu Sénégal, dirigé par Aissata Tall Sall, a annoncé un point de presse consacré à la situation à l’Assemblée nationale. Plusieurs responsables accusent ouvertement PASTEF de vouloir provoquer une crise institutionnelle majeure en imposant l’installation de Sonko au perchoir.
Du côté des partisans de PASTEF, la lecture est toutefois différente. Le camp présidentiel pourrait soutenir que l’article 54 de la Constitution prévoyait déjà implicitement une incompatibilité temporaire et que la loi organique de 2025 n’a fait qu’en préciser les modalités pratiques. Dans cette logique, la suppléance parlementaire ne constituerait pas une perte définitive du mandat mais une suspension liée aux fonctions gouvernementales.
Selon l’expert électoral Niaga Sylla : « Le député qui quitte le gouvernement retrouve son mandat, à moins qu’il n’ait formulé une renonciation irrévocable par écrit ». A-t-il déclaré sur ses réseaux sociaux.
Au-delà des affrontements politiques, plusieurs observateurs estiment désormais que le véritable arbitre sera le Conseil constitutionnel. La haute juridiction pourrait être appelée à trancher une question inédite mêlant interprétation constitutionnelle, portée des lois organiques et principe de non-rétroactivité.
En attendant, le dossier continue de cristalliser les tensions dans un contexte politique déjà marqué par une forte polarisation. Entre accusations de « coup de force institutionnel » et défense de la continuité démocratique du mandat électif, le retour ou non d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale pourrait devenir l’un des épisodes institutionnels les plus sensibles de l’histoire politique récente du Sénégal.



