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Halloween et Tamkharite: quand les enfants conservent les similitudes à travers le temps

Chaque 31 octobre, les rues américaines s’illuminent de lanternes orangées et de citrouilles sculptées. Déguisés en sorcières, super-héros ou fantômes, les enfants sillonnent les quartiers en lançant le fameux cri : “Trick or treat!” Ce qui signifie « des bonbons ou un sort ! ».

Derrière ce folklore devenu un symbole culturel, des études ont montré qu’Halloween garde des racines anciennes. Elle viendrait de la fête celtique de Samhain, célébrée il y a plus de 2 000 ans. À cette période, on croyait que les âmes des morts visitaient les vivants. Les feux, les masques et les offrandes servaient à les apaiser, une manière ludique d’apprivoiser la mort.

De nos jours, la fête s’est transformée en une célébration populaire, où se mêlent créativité, déguisements et esprit communautaire. Les enfants deviennent les véritables héros de la nuit, perpétuant un rituel qui, sans le savoir, a traversé les siècles et les océans.

La Tamkharite : l’autre nuit du déguisement

À des milliers de kilomètres, au Sénégal, une autre nuit festive réunit les enfants dans les rues. C’est la Tamkharite, célébrée chaque année à l’occasion de la nouvelle année du calendrier musulman.

À la tombée du jour, garçons et filles échangent leurs rôles : les premiers se parent de foulards et de boubous féminins, les secondes imitent les habits masculins. Les visages se maquillent, les voix changent, et les rires résonnent de maison en maison.

Les enfants chantent, dansent, frappent aux portes et reçoivent des pièces ou des friandises — une tradition qui rappelle étrangement le trick-or-treating d’Halloween.

Chez certaines communautés mandingues, cette soirée porte un autre nom : “la fête de la vieille”. Elle évoque la sagesse, la vieillesse et la continuité des générations — une manière de saluer les ancêtres tout en s’amusant.

 Une meme ombre bienveillante des ancêtres

Qu’il s’agisse des feux de Samhain ou des repas partagés lors de la Tamkharite, ces deux fêtes partagent un lien profond avec la mémoire des anciens.

Dans les deux traditions, la mort n’est pas un tabou : elle est apprivoisée, intégrée à la vie, célébrée avec tendresse.

Comme le note la chercheuse Lisa Morton dans son ouvrage “Trick or Treat: A History of Halloween” (Reaktion Books, 2012), ces rituels d’automne permettent de “faire la paix avec l’invisible et de renforcer les liens communautaires”.

Au Sénégal, l’ethnologue Abdoulaye Camara, dans “Rites et Masques du Sénégal” (Éditions Karthala, 2009), observe le même phénomène : “le masque, qu’il soit sacré ou ludique, relie les vivants aux ancêtres et donne forme à la mémoire collective.”

Ainsi, les déguisements des enfants, qu’ils soient de sorcières ou de grands-mères symboliques — deviennent un langage universel.

Costumes et inversion des rôles : un miroir culturel

Ce n’est pas un hasard si les deux fêtes reposent sur le jeu du déguisement et de l’inversion.

Dans les deux cas, le costume permet de devenir autre, de défier les normes et de vivre une métamorphose momentanée.

Dans les sociétés traditionnelles africaines, comme chez les Mandingues, les masques jouent ce rôle de passerelle entre mondes visibles et invisibles.

Cette ressemblance intrigue les chercheurs en anthropologie comparée. Le documentaire “Les Enfants du masque : entre Halloween et Tamkharite” (RTS, 2018) souligne comment les deux fêtes traduisent “une même envie de jouer avec la peur pour mieux la dompter”.

De la même manière, les masques d’Halloween sont une porte ouverte vers l’imaginaire et la transgression joyeuse.

Une universalité du jeu et de la mémoire

Au-delà des croyances ou des continents, Halloween et Tamkharite partagent un socle commun : le plaisir du collectif.

Les enfants deviennent le lien entre passé et présent, entre tradition et modernité.

Leurs rires dans les rues rappellent que la fête est un langage universel — celui de la transmission et du renouveau.

Dans un monde globalisé où les cultures se rencontrent, ces deux célébrations rappellent que la diversité n’empêche pas la ressemblance.

Sous des formes différentes, elles racontent la même histoire : celle d’une humanité qui rit de ses peurs et qui, le temps d’une nuit, célèbre la vie sous le masque de la mort.