Rose Dieng-Kuntz : une sénégalaise pionnière dans la recherche sur l’intelligence artificielle
En 1976, Rose franchit une étape historique : elle devient la première femme africaine admise à l’École Polytechnique de Paris. Chercheuse visionnaire et figure inspirante de la science moderne, Rose Dieng-Kuntz a tracé une voie lumineuse pour les générations futures.
Née à Dakar en 1956, Rose Dieng grandit dans un foyer sénégalais où l’éducation et le travail bien fait sont des valeurs cardinales.
Son père, enseignant, et sa mère, infirmière, veillent à ce que leurs enfants reçoivent une instruction solide et ouverte sur le monde.
Dès ses premières années à l’école primaire de la Médina, la petite Rose se distingue par son sérieux, son goût pour les chiffres et son esprit logique.
Au lycée Van Vollenhoven (aujourd’hui lycée Lamine Guèye) à Dakar, elle brille dans toutes les matières, notamment en mathématiques et en sciences physiques.
Ses professeurs la décrivent comme une élève « silencieuse mais déterminée », une jeune fille à la fois timide et résolument ambitieuse.
Son excellence la conduit à décrocher le baccalauréat scientifique avec mention, ouvrant la porte à un parcours inédit pour une jeune femme africaine à cette époque.
Une première historique à Polytechnique
À seulement 20 ans, cette étudiante venue du Sénégal fait tomber une barrière symbolique dans un univers encore très masculin.
Elle poursuit ensuite à l’École nationale supérieure des télécommunications (Télécom Paris), où elle se spécialise en informatique, un domaine encore méconnu en Afrique à l’époque.
C’est là qu’elle développe une idée qui guidera toute sa carrière :
« La technologie ne doit pas remplacer l’homme, mais l’aider à mieux penser. »
Une carrière d’excellence à l’INRIA
En 1985, Rose Dieng rejoint l’INRIA (Institut national de recherche en informatique et en automatique), où elle se consacre pendant plus de vingt ans à la recherche scientifique.
Elle soutient en 1992 une thèse de doctorat en informatique à l’Université Paris-Sud, puis devient directrice de recherche au sein de l’institut.
Spécialiste du web sémantique, de la gestion des connaissances et de la coopération homme-machine, elle dirige l’équipe Acacia, pionnière dans la modélisation du savoir.
Ses travaux visionnaires anticipent les défis actuels de l’intelligence artificielle : éthique, transparence et utilité sociale.
Une femme de science et de transmission
Rose n’était pas seulement une chercheuse d’exception : elle était aussi une pédagogue passionnée et une femme de conviction.
Partout où elle allait, elle plaidait pour que les jeunes, et en particulier les jeunes filles africaines, investissent les domaines scientifiques.
« Le savoir est une arme douce. Il faut l’apprendre, le partager et s’en servir pour construire. »
Son engagement dépasse la recherche : il touche à la dignité, à la confiance en soi et à la capacité de l’Afrique à produire ses propres innovateurs. Un héritage vivant au Sénégal et dans le monde Rose Dieng-Kuntz s’éteint en 2008, à 52 ans.
Mais son héritage demeure puissant:
En 2009, l’INRIA crée le Prix Rose Dieng-Kuntz, qui récompense chaque année les jeunes chercheuses africaines en informatique et en intelligence artificielle.
Au Sénégal, une école à Guédiawaye (banlieue de Dakar) porte fièrement son nom, perpétuant la mémoire de celle qui a incarné la rigueur scientifique et l’excellence féminine.
Aujourd’hui, l’État du Sénégal devrait peut-être penser à inscrire Rose Dieng-Kuntz dans sa politique mémorielle nationale, au même titre que les grandes figures intellectuelles du pays.
Car célébrer Rose, c’est célébrer la science, la femme et la dignité africaine.



