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ONU: enquête sur un « sondage mondial » sorti de nulle part

Depuis quelques heures, une infographie aux allures de document officiel sature les messageries WhatsApp et les fils d’actualité de plusieurs sites d’information africains. On y voit l’ancien président sénégalais, Macky Sall, caracoler en tête des intentions de vote pour le poste de Secrétaire général de l’ONU avec plus de 38 % des suffrages, reléguant des figures mondiales comme Michelle Bachelet ou Rafael Grossi au rang de figurants. Si l’image flatte l’orgueil national et conforte une actualité diplomatique réelle, elle n’en demeure pas moins une manipulation grossière de l’information.

Le premier signal d’alarme ne vient pas de la politique, mais du graphique. En observant attentivement, on s’aperçoit que les barres de progression ne respectent aucunement les chiffres affichés. Le candidat Rafael Grossi, crédité de 21,7 %, se voit attribuer une barre visuellement bien plus longue que celle de Michelle Bachelet, pourtant située à 24,2 %. Cette incohérence mathématique, impensable pour un véritable institut de statistiques, trahit une conception artisanale destinée à tromper le regard pressé du lecteur.


Mais c’est l’identité même de l’auteur de ce sondage qui finit de décrédibiliser l’opération. L’étude est attribuée à un mystérieux cabinet nommé « Holding Price Limited ». Une recherche approfondie dans les registres internationaux révèle que cette entité n’a aucune existence légale dans l’univers de la recherche d’opinion. On trouve bien une société au nom presque identique, « Price Holdings Limited », enregistrée au Royaume-Uni, mais celle-ci n’est autre qu’une petite exploitation agricole familiale du Pays de Galles spécialisée dans la production de lait et le recyclage de bois. En inversant subtilement les mots du nom officiel, les créateurs du fake news ont bâti un rempart de fumée, utilisant la résonance d’un nom à consonance anglo-saxonne pour s’offrir une crédibilité de façade.


Cette technique, bien connue des spécialistes de la désinformation, s’appelle l’astroturfing. Elle consiste à simuler un mouvement d’opinion massif et international pour forcer l’agenda médiatique et influencer les décideurs, ici les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU. En diffusant ce visuel via des plateformes d’influence comme « For You Africa », les auteurs du message créent un effet de répétition tel que la rumeur finit par se transformer en vérité pour ceux qui ne prennent pas le temps de sourcer l’information.


Il est essentiel de rappeler que l’élection du patron de l’ONU ne se joue pas sur les réseaux sociaux ni à travers des sondages de popularité. Elle est le fruit d’un processus diplomatique complexe où le droit de veto des grandes puissances pèse bien plus lourd que n’importe quelle infographie virale. Pour la presse, sénégalaise qui a largement relayé l’information, cet épisode est un rappel cinglant : dans la guerre de l’influence numérique, l’absence de vérification d’une source, aussi séduisante soit-elle, reste le premier piège à éviter.