UA: Le Rwanda critique Le Burundi pour sa gestion de la candidature de Macky Sall à l’ONU (contribution)
Ce qui s’est passé aujourd’hui à l’Union Africaine est un rappel brutal que le leadership compte. Il est incroyable de constater qu’une organisation continentale entière puisse être ternie ou plongée dans une crise par son propre Président en exercice, et ce alors qu’il n’est en fonction que depuis moins de deux mois.
Contrairement à ce que j’ai lu ici ou là dans les médias, la décision d’aujourd’hui des vingt (20) États membres de l’UA qui ont brisé le silence n’avait pas pour but de rejeter la candidature de qui que ce soit. Elle visait à s’opposer à une procédure défectueuse initiée par le président Evariste Ndayishimiye du Burundi, président de l’Union Africaine, en totale violation de toutes les règles et réglementations régissant les candidatures africaines dans le système international.
Dans cette affaire, tout a été mal depuis le premier jour :
PREMIER POINT, le 2 mars 2026, le Représentant Permanent du Burundi à New York a envoyé une lettre à la Présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, l’informant que : « mon gouvernement, président en exercice de l’Union Africaine, propose Son Excellence Macky Sall, ancien Président de la République du Sénégal, pour le poste de Secrétaire général des Nations Unies ».
Cette soumission d’une candidature africaine au poste de Secrétaire général de l’ONU a surpris tous les Chefs d’État et de Gouvernement africains, car aucun d’entre eux n’avait été consulté par le Président de l’UA avant cette décision importante.
DEUXIÈME POINT, après avoir soumis la candidature de l’ancien président Macky Sall à New York, le Président du Burundi a tenté de forcer ses homologues africains à approuver cette violation flagrante de la procédure. En effet, hier, il a convoqué le bureau de l’Union Africaine (seulement deux autres membres étaient présents) et a décidé de soumettre cette question importante à une procédure inhabituelle de « silence » de 24 heures.
Autrement dit, au lieu de convoquer un Sommet de l’UA pour le conseiller sur la bonne procédure, le président Ndayishimiye a choisi de donner à ses collègues chefs d’État et de Gouvernement africains seulement 24 heures pour soit approuver tacitement, en gardant le silence, une décision de l’UA qui « EXPRIME SON SOUTIEN FERMEMENT au Président de la République du Burundi, S.E. Evariste Ndayishimiye, Président de l’UA pour 2026, pour avoir présenté la candidature du Président Macky Sall […] pour le poste de Secrétaire général des Nations Unies », soit pour la rejeter en rompant le silence.
Cela a été trop pour de nombreux États membres de l’UA, qui ne pouvaient accepter un tel diktat et un tel manque de respect de la part de leur Président. Ils ont alors décidé de briser le silence, de bloquer sa décision et de rappeler au président Ndayishimiye que l’Union Africaine est gouvernée par l’État de droit.
Malheureusement, le mal était déjà fait aux yeux du monde extérieur, mais j’espère que cet incident servira néanmoins de leçon pour les futures nominations de présidents de l’UA.
Amb. Olivier J.P. Nduhungirehe, ministre rwandais des affaires étrangères



