Le gouvernement annonce un durcissement de l’article 319 du code pénal sur les actes contre-nature
Le Conseil des ministres a adopté ce mercredi un projet de loi modifiant l’article 319 du Code pénal, relatif aux « actes contre nature ». Cette réforme précise la définition des infractions, durcit les peines et intègre l’apologie ainsi que le financement de ces actes dans le champ des sanctions. Elle survient dans un contexte marqué par plusieurs affaires judiciaires très médiatisées, qui ont fortement mobilisé l’opinion publique.
Ces dernières semaines, les forces de sécurité sénégalaises ont procédé à une série d’interpellations révélant la complexité des infractions visées par la réforme. Le samedi 14 février 2026, la Brigade de Recherches de Keur Massar a extrait de la Maison d’Arrêt et de Correction de Rebeuss un individu déjà en détention, afin de mener des investigations approfondies. Les enquêtes ont permis d’établir sa participation à des relations sexuelles non protégées avec plusieurs partenaires depuis 2021, et un médecin-chef a confirmé sa séropositivité. Dans la continuité de l’enquête, trois autres personnes ont été interpellées, poursuivies pour association de malfaiteurs, transmission volontaire du VIH, mise en danger de la vie d’autrui et complicité d’offre ou de cession de drogue. Ces affaires ont mis en lumière la nécessité de clarifier et de renforcer le cadre légal existant.
Dans un registre encore plus grave, le vendredi 6 février 2026, la DIC a démantelé un réseau transnational de pédocriminalité structuré depuis 2017. Quatorze individus sénégalais ont été conduits au parquet du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar. Ce réseau, orchestré par un ressortissant français de 72 ans, Pierre Robert, arrêté en avril 2025 à Beauvais, se spécialisait dans la « formation au sexe » pour de jeunes garçons transformés en objets sexuels par des adultes séropositifs, avec des actes filmés et transmis au commanditaire en échange d’argent. Les perquisitions ont permis de saisir des objets et des documents, y compris des preuves médicales attestant du statut sérologique des complices. Ces opérations ont été réalisées dans le cadre d’une coopération judiciaire franco-sénégalaise, avec la participation de juges, greffiers et officiers français dépêchés à Dakar.
Le 18 février 2026, d’autres arrestations ont été signalées dans ce qui est présenté comme l’« affaire des homosexuels », incluant le journaliste Pape Birame Bigué Ndiaye, interpellé alors qu’il couvrait une conférence de presse du procureur de Dakar sur l’enquête relative à la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba. Depuis le début de l’enquête, 19 individus ont été interpellés et d’autres arrestations sont annoncées. Ces affaires ont mis en évidence les risques liés à des relations non protégées entre adultes séropositifs et ont alimenté le débat public sur la sécurité sanitaire et la protection des tiers.

La réforme de l’article 319 apparaît donc une offensive du gouvernement contre ces événements récents. Elle vise à clarifier la définition des actes punissables, à sanctionner plus sévèrement les comportements mettant en danger la vie d’autrui, et à prendre en compte l’encouragement ou le financement de ces actes. L’objectif affiché par les autorités est de protéger les personnes vulnérables et la santé publique, tout en permettant aux juges de distinguer clairement les infractions graves des relations entre adultes consentants.
À travers ces mesures, le Sénégal entend renforcer son arsenal juridique face à des crimes graves et complexes, en combinant fermeté judiciaire et sécurité sanitaire, dans un contexte où la société suit de près chaque développement.




