Ghana: en mode “jub jubal Jubanti”, le gouvernement traque des anciens ministres
Depuis l’investiture du président John Dramani Mahama en janvier 2025, le Ghana a engagé une course contre la montre pour recouvrer les avoirs de l’État.
Au cœur de cette tempête judiciaire se trouve Ken Ofori-Atta, l’ancien ministre des Finances. Inculpé de soixante-dix-huit chefs d’accusation en novembre 2025, il a été interpellé par les services d’immigration américains le 6 janvier 2026 dans l’Etat de Virginia. La justice ghanéenne lui réclame des comptes sur des irrégularités contractuelles s’élevant à cent vingt-cinq millions de cedis concernant la société SML, ainsi que sur l’utilisation de cinquante-huit millions de dollars de fonds publics injectés dans le projet controversé de la Cathédrale Nationale. Accusé d’avoir causé une perte financière massive à l’État, il fait désormais l’objet d’une demande d’extradition formelle transmise à Washington le 23 janvier 2026.
Le dossier de Cecilia Dapaah, ancienne ministre de l’Assainissement, illustre un autre volet de cette lutte contre l’enrichissement illicite. Son affaire a pris une tournure criminelle majeure lorsque les autorités ont découvert à son domicile des sommes en espèces s’élevant à environ un million de dollars et trois cent mille euros. En 2025, le Procureur Spécial a ordonné un nouveau gel de ses avoirs après avoir identifié des flux financiers suspects dépassant les quarante millions de cedis sur divers comptes bancaires. Elle est soupçonnée de blanchiment d’argent et de détention de richesses inexpliquées, les enquêteurs cherchant à déterminer si des prête-noms ont été utilisés pour dissimuler l’origine de cette fortune.
D’autres responsables, comme l’ancien ministre d’État au Trésor Charles Adu-Boahene, font également face à la justice. Inculpé en novembre 2025 de onze chefs d’accusation, il lui est reproché d’avoir sollicité des commissions occultes auprès d’investisseurs. Cette dynamique de transparence s’appuie sur un audit global révélant environ huit milliards de cedis de dettes fictives et d’abus de fonds publics sous la précédente législature.
Le Ghana en mode Jub Jubal Jubanti…
L’objectif affiché par le gouvernement actuel est de restaurer la crédibilité financière du pays tout en répondant à une forte demande sociale de justice.
Cette situation au Ghana présente des similitudes frappantes avec l’actualité politique au Sénégal. Depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024, le Sénégal s’est également lancé dans une vaste opération de contrôle de la gestion publique sous le slogan de la transformation systémique. Tout comme à Accra, les nouvelles autorités de Dakar ont révélé des écarts significatifs dans les chiffres de la dette et du déficit public, menant à des audits rigoureux des anciens ministères. Dans les deux nations, cette volonté de rupture se traduit par une pression judiciaire accrue sur les anciens dignitaires, marquant une nouvelle ère de responsabilité politique en Afrique de l’Ouest où la gestion des deniers publics est désormais scrutée avec une rigueur inédite.



