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Et si l’Afrique transformait enfin ses minerais sur place ?

Dans son émission Limitless Africa, notre collègue Claude Grunitzky pose une question simple mais structurante : que se passe-t-il lorsque l’Afrique décide de ne plus exporter uniquement ses matières premières? Cobalt, lithium, platine, cuivre, ces minerais alimentent la transition énergétique, les technologies numériques, l’aéronautique, la défense. Ils sont au cœur des rivalités économiques contemporaines. Pourtant, le modèle de production reste inchangé : extraction en Afrique, transformation ailleurs et une valeur captée hors du continent.

Le mercredi 4 février dernier les États- Unis étaient l’hôte du sommet sur les minerais critiques, durant lequel beaucoup de pays africains etaient invités. Bien que ce sommet de Washington a mis en lumière la bataille mondiale pour sécuriser les minerais critiques, une question s’impose désormais avec plus d’urgence : au lieu de simplement s’inscrire dans ces chaînes d’approvisionnement globales, l’Afrique ne devrait-elle pas en redéfinir les règles en raffinant ses minerais sur place ?

C’est ce modèle que veut remettre en cause ReElement Africa, une entreprise dirigée par l’ancien diplomate américain Ben Kincaid. Son approche repose sur une technologie de raffinage plus compacte et moins consommatrice de ressources. « Nous pouvons raffiner en utilisant une fraction des produits chimiques, une fraction de l’eau et une fraction de l’énergie nécessaires, sans avoir besoin de construire des installations gigantesques », explique-t-il. L’objectif est clair : implanter les unités de transformation à proximité des mines africaines afin que la valeur ajoutée ne quitte plus systématiquement le continent.

Mais Ben Kincaid n’est pas un entrepreneur arrivé en Afrique par hasard. Ancien diplomate américain, il a travaillé sur le continent sur des dossiers mêlant développement économique et sécurité. Sa lecture est pragmatique : « Pas de sécurité, pas d’investissement, pas de développement économique. » Il relie ainsi directement transformation industrielle et stabilité politique.

Ben Kincaid, DG ReElement Technologies Africa

Le projet est soutenu par l’investisseur sud-africain Derrick Roper, qui voit dans ce partenariat une opportunité stratégique. Transformer localement, c’est produire « un matériau de qualité industrielle, prêt pour la fabrication », souligne Kincaid. Autrement dit, créer les conditions pour que, demain, des industriels s’installent à proximité des raffineries africaines et raccourcissent leurs chaînes d’approvisionnement.

Cependant, au-delà de l’optimisme, les défis sont réels. Le raffinage exige des infrastructures énergétiques solides, une logistique fiable, un environnement sécurisé et une montée en compétences technique importante. La concurrence internationale est intense. Le transfert de technologie prendra du temps. Rien n’est automatique.

C’est ici que le débat prend une dimension plus large. En effet, le récent sommet sur les minerais critiques organisé à Washington an mis en lumière une autre réalité : les grandes puissances cherchent activement à sécuriser et diversifier leurs chaînes d’approvisionnement. Derrière la transition énergétique se joue une recomposition stratégique mondiale. L’Afrique, riche en ressources essentielles, est désormais au centre de cette nouvelle cartographie géoéconomique.

Dès lors, la question n’est plus seulement industrielle. Elle est stratégique. Les pays africains doivent-ils se positionner comme fournisseurs fiables dans des chaînes dominées par d’autres puissances, ou comme acteurs capables d’imposer des conditions favorables à la transformation locale ? Doivent-ils privilégier des partenariats bilatéraux, diversifier leurs alliances, mutualiser leurs stratégies à l’échelle continentale ? Comment éviter que la compétition entre grandes puissances ne reproduise les logiques extractives du passé ? Toutes ces questions méritent méritent d’être prisent en considération pour les leaders africains.

Certe le monde a besoin des minerais africains. Mais l’Afrique n’a pas seulement des minerais à offrir. Elle a un marché, une jeunesse, un potentiel industriel, une capacité d’innovation. La stratégie idéale pour les États africains ne réside peut-être pas dans un choix exclusif entre partenaires, mais dans une capacité à négocier depuis une position de force, en exigeant transfert de technologie, formation locale, transformation sur place et intégration régionale. Puis que la transition énergétique mondiale ne se fera pas sans l’Afrique. La véritable question est de savoir si elle permettra au continent de franchir une étape décisive vers la souveraineté industrielle, ou si elle prolongera une dépendance.