€650 millions de dettes: le Sénégal précise sa stratégie face aux interrogations
Le gouvernement sénégalais a réagi à un article du Financial Times évoquant le recours à des instruments financiers appelés « total return swaps » (TRS) dans la gestion de la dette publique. Dans un communiqué publié le 24 mars 2026, le ministère des Finances et du Budget a apporté des précisions sur ces opérations réalisées en 2025.
La question était devenue virale depuis hier lorsque le financial times divulguait une dette de €650 millions contractée par le Sénégal en 2025 sans que beaucoup ne soit au courant. Le gouvernement du Sénégal a fait appel aux TRS. Il s’agit de mécanisme qui permet à un État d’obtenir rapidement des financements en s’appuyant sur des obligations qu’il a émises. En échange, un investisseur perçoit les revenus liés à ces obligations. Ce type d’instrument est utilisé dans le monde financier pour mobiliser des ressources ou gérer certains risques, même s’il reste plus complexe qu’un emprunt classique.
Selon les autorités sénégalaises, ces opérations s’inscrivent dans une stratégie de diversification des financements, dans un contexte où l’accès aux marchés internationaux est devenu plus difficile et plus coûteux. Le gouvernement met en avant un avantage clé : le coût. Les financements obtenus via ces montages auraient permis d’emprunter à un taux d’environ 7,1 %, contre 11 à 12 % sur les eurobonds du pays à la même période. Autrement dit, l’État affirme avoir réduit le coût de sa dette en passant par ces instruments.
Le ministère souligne également que ces opérations ont été réalisées dans un cadre légal. Elles ont été autorisées par le Parlement à travers les lois de finances de 2025 et exécutées via des émissions de titres publics sur le marché régional. Ces émissions sont publiques et leurs résultats sont régulièrement diffusés, ce qui, selon le gouvernement, garantit la transparence.
Le gouvernement a aussi précisé que ces opérations auraient contribué à attirer de nouveaux investisseurs étrangers sur le marché régional, améliorant ainsi sa liquidité et sa profondeur. Cela permettrait, à terme, de faciliter le financement de l’État dans des conditions plus favorables.
Dakar affirme par ailleurs que ces opérations ont été partagées avec le FMI dans le cadre des échanges en cours sur le programme économique du pays, et réaffirme son engagement en faveur d’une gestion transparente de la dette.
Malgré ces explications, certaines questions soulevées par l’article du Financial Times restent en suspens.
La principale concerne le fonctionnement précis des TRS. Même si les obligations utilisées sont publiques, les contrats de swaps eux-mêmes ne le sont pas toujours. Cela signifie que certains détails importants ( comme les garanties accordées aux investisseurs ou les conditions en cas de difficulté de remboursement) ne sont pas nécessairement connus.
Un autre point porte sur le rang des créanciers. Certains montages financiers peuvent donner à des investisseurs des droits prioritaires par rapport à d’autres en cas de problème. Le communiqué du gouvernement ne précise pas si c’est le cas ici, ce qui peut être une source d’inquiétude pour les marchés.
Enfin, la question de la transparence vis-à-vis du FMI reste partiellement ouverte. Le Sénégal indique avoir échangé avec l’institution, mais sans détailler si l’ensemble des conditions financières des opérations a été communiqué. Or, pour le FMI, ces informations sont essentielles pour évaluer la capacité d’un pays à rembourser sa dette.
Au-delà du cas sénégalais, cette situation illustre une tendance plus large. Face à des conditions d’emprunt de plus en plus difficiles, certains pays se tournent vers des instruments financiers plus complexes pour se financer. Ces outils peuvent être efficaces à court terme, mais ils rendent aussi la dette plus difficile à analyser pour les investisseurs et les institutions internationales.



