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Course aux armements: le rapport SIPRI met le Maroc en tête en Afrique

Le dernier rapport du Stockholm International Peace Research Institute consacré aux transferts internationaux d’armes sur la période 2021–2025 met en évidence une transformation silencieuse mais profonde du paysage sécuritaire africain. Derrière une baisse globale des importations sur le continent, les données révèlent en réalité des dynamiques régionales contrastées et des repositionnements stratégiques significatifs.

À l’échelle continentale, les importations d’armes en Afrique ont reculé de 41 % par rapport à la période précédente. Cette contraction s’explique largement par la chute des acquisitions en Afrique du Nord, où certains pays ont considérablement réduit leurs commandes. L’Algérie en est l’exemple le plus frappant avec une baisse estimée à 78 %, marquant un ralentissement net de ses programmes d’armement. À contre-courant, le Maroc affiche une progression de 12 %, ce qui lui permet de s’imposer comme le premier importateur d’armes du continent, soutenu par des partenariats diversifiés dominés par les États-Unis, mais aussi Israël et la France.

Ce basculement en Afrique du Nord ne doit toutefois pas masquer une autre évolution majeure. Plus au sud, l’Afrique subsaharienne suit une trajectoire inverse. La région enregistre une hausse de 13 % des importations, révélatrice d’un contexte sécuritaire en forte dégradation. Les chiffres mettent en lumière une concentration des acquisitions autour de quelques États directement exposés à des menaces armées.

Le Nigeria domine cet ensemble avec 16 % des importations régionales, reflet de son engagement prolongé contre Boko Haram et d’autres foyers d’instabilité internes. Derrière lui, le Sénégal s’impose comme un acteur clé avec 8,8 %, devant le Mali qui atteint 8 %. Ce positionnement du Sénégal constitue l’un des enseignements les plus marquants du rapport. Sans disposer des moyens ni des ambitions des grandes puissances militaires du continent, le pays s’inscrit désormais dans le groupe restreint des États qui structurent les dynamiques sécuritaires en Afrique de l’Ouest.

Cette montée en puissance ne relève pas d’une logique de surarmement, mais d’une adaptation progressive à un environnement régional instable. L’expansion des groupes armés au Sahel, les incertitudes politiques au Mali et au Burkina Faso, ainsi que les risques de débordement vers les pays côtiers, ont conduit Dakar à renforcer ses capacités. Contrairement aux acquisitions lourdes observées en Afrique du Nord, le Sénégal privilégie des équipements adaptés aux opérations de terrain, à la surveillance et à la projection rapide.

Les cas du Mali et du Burkina Faso illustrent également cette recomposition. Bien que leurs parts précises varient, leur présence parmi les principaux importateurs traduit une militarisation accélérée dictée par l’urgence sécuritaire. Dans ces contextes, l’armement devient un outil de survie étatique plus qu’un instrument de puissance.

L’ensemble de ces données met en évidence une fracture de plus en plus nette entre deux Afriques militaires. Au nord, la tendance est à la rationalisation des dépenses, malgré des pics ponctuels comme celui du Maroc. Au sud, la pression sécuritaire entraîne une augmentation ciblée des acquisitions, concentrée sur des pays en première ligne.