Vue du marché de Kejetia à Kumasi, au Ghana, avec les étals et l’activité commerciale.

Les nouvelles projections publiées le 13 octobre, à l’occasion des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, maintiennent l’Afrique du Sud au premier rang continental. La progression du Ghana, engagé dans une restructuration de sa dette après la crise de 2022, apporte un éclairage particulier au moment où le Sénégal négocie son propre traitement de dette.

Le Ghana gagne deux places parmi les grandes économies africaines. Dans les tableaux reprenant les projections d’octobre 2026 du Fonds monétaire international, son produit intérieur brut nominal est évalué à environ 128,6 milliards de dollars. Le pays occupe la huitième place du continent, devant l’Éthiopie et la République démocratique du Congo. Les projections d’avril le situaient au dixième rang.

Cette progression intervient dans un contexte mondial encore fragile. Présentées le 13 octobre à Bangkok, les nouvelles Perspectives de l’économie mondiale prévoient une croissance de 3,1 % en 2026, puis de 3,4 % en 2027. Le FMI souligne les risques liés aux conflits, aux tensions commerciales et aux finances publiques, tandis que les investissements dans l’intelligence artificielle soutiennent une partie de l’activité. Ces estimations reposent sur les informations disponibles au 1er octobre.

Le Ghana, un redressement après la crise de la dette

La trajectoire ghanéenne retient l’attention en Afrique de l’Ouest. Après la crise de 2022, Accra a engagé une restructuration de sa dette intérieure et extérieure, avec un traitement de ses créanciers publics dans le Cadre commun du G20. La restructuration intérieure a été réalisée en 2023, suivie de l’échange des euro-obligations en octobre 2024. La croissance a atteint environ 6 % en 2025.

Dans son évaluation publiée en août 2026, le FMI relève une forte réduction de l’inflation, une reconstitution des réserves internationales et un allègement des tensions de financement. Il attribue ces améliorations à l’ajustement budgétaire, aux progrès de la restructuration et au retour de la confiance dans le cedi, soutenu notamment par l’évolution favorable des cours de l’or.

L’appréciation de la monnaie contribue également à relever le PIB converti en dollars. Le gain de places accompagne ainsi un redressement économique et financier, dont une partie se traduit directement dans la valeur internationale de la production. Le classement en PIB nominal mesure la production aux prix courants, convertie en dollars : les variations de change et les révisions statistiques peuvent donc modifier les positions.

Les difficultés restent présentes. Le FMI souligne que l’effort budgétaire repose largement sur la compression des dépenses, alors que les besoins de développement demeurent importants. Les banques et les entreprises publiques continuent aussi de porter des risques. Le Ghana offre donc un exemple de reprise après une crise de dette, avec des équilibres encore à consolider.

Quatre économies nettement devant les autres

Au sommet du classement africain, l’ordre reste stable par rapport aux projections d’avril. Selon les tableaux publiés notamment par Uchumi360 à partir des projections d’octobre, l’Afrique du Sud conserve la première place avec environ 489,1 milliards de dollars, devant l’Égypte, à 442,9 milliards, le Nigeria, à 386,7 milliards, et l’Algérie, à 331,9 milliards.

Le Maroc arrive cinquième avec 195,6 milliards de dollars. L’écart avec l’Algérie atteint ainsi quelque 136 milliards. Viennent ensuite l’Angola, le Kenya, le Ghana, l’Éthiopie et la République démocratique du Congo.

Cette différence entre la quatrième et la cinquième place traduit des trajectoires économiques accumulées sur plusieurs décennies. La taille des marchés intérieurs, la production par habitant, les ressources naturelles et les capacités industrielles contribuent à déterminer le poids de chaque pays.

Entre l’Algérie et le Maroc, la population explique une partie de l’écart : environ 48 millions d’habitants pour la première, contre 38 millions pour le second, selon les fiches du FMI. L’Algérie bénéficie aussi d’une importante production pétrolière et gazière, dont les revenus soutiennent ses exportations et ses finances publiques.

Le Maroc développe pour sa part plusieurs secteurs exportateurs, notamment l’automobile, les phosphates et leurs dérivés, ainsi que le tourisme. Cette diversification renforce son économie, tandis que son volume total de production reste inférieur à celui des quatre premiers pays.

Pour le Sénégal, retrouver des marges et élargir la croissance

Le cas ghanéen intéresse directement le Sénégal, qui cherche à rétablir la viabilité de sa dette. Dakar a présenté sa stratégie de traitement à ses créanciers extérieurs lors d’une réunion organisée le 6 octobre sous les bons offices du FMI. Les discussions doivent permettre d’articuler les engagements des différents créanciers avec le financement du programme économique.

Le 1er septembre, les autorités et les services du Fonds avaient annoncé un accord sur un programme de trois ans portant sur environ 2,2 milliards de dollars. Le communiqué précisait que son approbation restait conditionnée à des mesures correctrices et à l’obtention des assurances de financement nécessaires.

Pour situer l’échelle de l’économie sénégalaise, les projections d’avril évaluaient son PIB à environ 40,5 milliards de dollars en 2026. Ce montant appartient à l’édition précédente et doit être distingué des nouvelles estimations d’octobre.

L’enjeu porte sur la capacité à financer l’économie pendant l’ajustement. Selon le communiqué du FMI de septembre, la croissance sénégalaise a atteint 6,7 % en 2025, soutenue par la première année complète de production pétrolière. Hors hydrocarbures, elle s’est limitée à 2,2 %, avant un rebond à 4,7 % en glissement annuel au premier trimestre 2026.

Ces chiffres donnent une priorité concrète aux négociations : dégager des ressources pour soutenir les entreprises, l’investissement et les dépenses sociales, tout en réduisant la pression du service de la dette. L’expérience du Ghana fournit des éléments de comparaison sur les délais, les réformes et les conditions de financement qui accompagnent cette reprise.

À l’échelle mondiale, la taille et la dynamique se distinguent

Les États-Unis et la Chine conservent les deux premières places mondiales. Parmi les grandes économies, l’Inde se distingue par une croissance projetée à 7 %, soutenue par la demande intérieure et les services. La Chine devrait progresser de 4,5 %, contre 2,3 % pour les États-Unis.

L’Afrique du Sud, première du continent, se situe autour du 39e rang mondial dans les tableaux reprenant les projections d’octobre. Cette position mesure la distance qui sépare encore les grandes économies africaines des principaux centres de production mondiaux.

Les prochaines actualisations permettront de suivre la solidité du redressement ghanéen et l’évolution des autres économies africaines. Pour le Sénégal, les indicateurs à observer seront aussi la croissance hors hydrocarbures, le coût du financement, l’investissement privé et les ressources effectivement disponibles pour les services publics.

Par Ahmadou Kane

Ahmadou Kane est journaliste et fondateur de Dëkbi. Basé dans la région de New York, il est correspondant du quotidien sénégalais Les Échos et secrétaire général de la Senegalese Press Association in America (SPAA). Il couvre les institutions américaines, les Nations unies, la diplomatie, l’économie africaine et les diasporas, avec une attention particulière aux relations entre le Sénégal, l’Afrique et les États-Unis.

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