Après l’écrivain haïtien Thélyson Orélien, c’est au tour du Zimbabwéen Simbarashe Kundizeza de se retrouver au centre d’une polémique sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la création littéraire. Tous deux contestent avoir eu recours à cette technologie pour rédiger leurs œuvres. Leurs affaires soulèvent des interrogations sur la fiabilité des outils de détection, mais aussi sur l’authenticité des œuvres littéraires à l’ère de l’IA.
Lauréat du prix Caine 2026 pour sa nouvelle The Blue Fighter, l’écrivain zimbabwéen Simbarashe Kundizeza fait face à des accusations d’utilisation de l’intelligence artificielle. Dans une enquête publiée le 11 octobre, le magazine américain The Atlantic rapporte que le logiciel Pangram a identifié une grande partie de son texte comme potentiellement générée par IA. L’auteur rejette ces accusations et affirme disposer de documents retraçant les différentes étapes de la rédaction de sa nouvelle.
La polémique intervient quelques semaines après celle visant l’écrivain haïtien Thélyson Orélien, auteur du roman C’était ça ou mourir, publié chez Grasset. Lui aussi a été soupçonné d’avoir utilisé l’intelligence artificielle, notamment sur la base d’analyses réalisées avec Pangram. Son éditeur a défendu l’authenticité du roman, tandis que l’auteur a nié les accusations. Une autre controverse, portant sur des emprunts à des textes antérieurs, a cependant conduit Orélien à reconnaître des plagiats passés, sans admettre pour autant avoir utilisé l’IA pour son roman.
Des logiciels de détection au cœur des accusations
Les deux affaires présentent une particularité : les soupçons reposent notamment sur les résultats d’un même outil de détection. Pangram analyse les caractéristiques linguistiques d’un texte pour évaluer la probabilité qu’il ait été produit par une intelligence artificielle. Ces outils peuvent néanmoins produire des résultats erronés et ne permettent pas, à eux seuls, de prouver qu’un texte a été rédigé par une IA.
Simple coïncidence ou traitement particulier réservé à certains écrivains ? La question se pose d’autant plus que les deux accusations reposent notamment sur le même logiciel de détection. Dans le cas de Kundizeza, The Atlantic précise avoir également soumis à Pangram plusieurs œuvres précédemment récompensées par le prix Caine, sans obtenir les mêmes résultats suspects.
De son côté, l’écrivain zimbabwéen oppose à ces soupçons des éléments plus concrets : des échanges avec des lecteurs et des éditeurs, ainsi qu’une chronologie de rédaction remontant à mai 2025. Les organisateurs du prix Caine examinent les accusations. Aucune décision de retrait du prix n’a été annoncée à ce stade.
Une polémique qui divise le monde littéraire
Les réactions sont partagées. Certains commentateurs estiment que les résultats de Pangram et les particularités stylistiques relevées justifient une enquête approfondie. D’autres dénoncent une mise en cause publique prématurée, particulièrement dommageable pour la réputation d’un jeune écrivain.
La controverse soulève également des interrogations sur la manière dont les œuvres des auteurs africains et issus des minorités sont évaluées. Plusieurs voix s’inquiètent du risque de voir des particularités linguistiques ou des choix stylistiques interprétés comme des signes d’utilisation de l’intelligence artificielle.
Ces deux affaires posent finalement une double question au monde littéraire : comment garantir l’authenticité des œuvres à l’ère de l’intelligence artificielle, sans exposer les écrivains à des accusations que les outils technologiques ne permettent pas toujours de démontrer ?
