2 décembre 2026 : ce que la Constitution permet à Diomaye Faye
Sur France 24, Bassirou Diomaye Faye n’a pas annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale. Il a fait plus fort : il l’a rendue inévitable. A partir du 2 décembre, il aura les munitions destinées à l’arme que la Constitution lui interdisait d’utiliser depuis deux ans. Reste à savoir s’il aura le courage de s’en servir et d’en tirer toutes les conséquences.
Les différents débats sur la scène politique sénégalaise finissent tous par être occultés par un seul, celui de la dissolution ou non de l’Assemblée nationale, le moment venu, par le président de la République, seul à en avoir la prérogative constitutionnelle. En l’évoquant au micro de France 24 et RFI, le 24 septembre dernier à New York, le Président Bassirou Diomaye Faye n’a ni exclu la possibilité, ni fixé de date ; il a juste normalisé l’option.
Le piège constitutionnel se referme
L’article 87 de la Constitution est en fait d’une clarté chirurgicale. Le Président peut dissoudre après avis du Premier ministre et du président de l’Assemblée. Mais pas pendant les deux premières années de la législature.
L’actuelle Assemblée ayant été élue en novembre 2024 et installé son Bureau le 2 décembre 2024, sous la présidence du doyen d’âge Alla Kane, le compte à rebours prend donc fin le 2 décembre 2026 à minuit. Dès le 3 décembre, un décret de dissolution peut tomber.
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Juridiquement, le scrutin doit intervenir entre 60 et 90 jours après le décret. Et si effectivement un décret de dissolution est pris le 3 décembre, les élections législatives devront se tenir entre le 1er février et le 3 mars 2027. Mais, parallèlement, il faut garder en repérage qu’un calendrier électoral normal organise les élections territoriales en principe le 17 janvier 2027. D’où la saisine par le Président du Conseil constitutionnel pour un jumelage de ces législatives post-dissolution avec les territoriales dont le processus, déjà biaisé, poussent à croire qu’elles seront également repoussées.
Le Président l’a dit sans le dire à New York : « Nous n’avons pas de sens interdit ». Traduction en wolof politique : tout est sur la table.
Le calcul de Diomaye Faye
Depuis le 22 mai 2026 et sa rupture avec Pastef, le chef de l’État gouverne sans majorité parlementaire. Son propre parti, Kiiraay, n’a même pas de groupe à l’Assemblée. Chaque projet de loi est une négociation, chaque budget soumis au vote un risque de censure.
Dans ces conditions qui pourraient durer si rien n’est fait, dissoudre l’Assemblée présente pour le Président trois avantages. Au plan politique, cela lui permet de transformer en référendum pour ou contre lui une cohabitation douce mais piégeux, puisque donnant au Pastef l’avantage de paraître aux yeux du peuple comme garant de la transparence et de la redevabilité, que le gouvernement n’agrée pas en refusant toutes les propositions de loi dans ce sens.
Au plan institutionnel, la perspective d’une dissolution peut empêcher Sonko d’utiliser l’arme budgétaire. Car le calendrier est cruel : le délai de 60 jours imparti pour voter la Lfr expire mi-novembre, juste avant que la dissolution ne devienne possible. Donc un rejet de la Lfr adoubée par le Fmi deviendrait aux yeux de l’exécutif une justification parfaite pour dissoudre.
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Le risque est finalement très grand pour le Président. Car si Kiiraay ne perce pas lors de ces législatives et ces territoriales et que Pastef l’emporte largement, Bassirou Diomaye Faye se retrouve très affaibli et Président otage de la même majorité à l’Assemblée jusqu’en 2029. Pis, suivant la règle du référendum, il devrait même démissionner et organiser une présidentielle anticipée.
Le dilemme de Sonko
Pour Pastef, la dissolution est paradoxalement une menace et une opportunité, sous les dehors d’une gifle annoncée. Président de l’Assemblée, Sonko tient l’ordre du jour. Il peut bloquer la Lfr, réécrire le budget, rendre le pays ingouvernable. Ce qu’il clame de ne pas faire depuis la séparation avec Diomaye. Mais, malgré tout, dès que le décret de dissolution est pris, l’Assemblée s’arrête. Plus de séance, plus de possibilité de blocage.
Avec la campagne des législatives anticipées jumelées au territoriales, Pastef jouerait alors son va-tout. S’évertuer à présenter le vote à la présidentielle et aux législatives en 2024 comme un vote confisqué. Le parti a la machine, les militants, l’hémicycle. Mais s’il perdait la majorité, Sonko passerait de président de l’AN à chef de l’opposition parlementaire et lui échapperait son principal levier : le contrôle de la fabrique de la loi.
L’opposition en embuscade
Les grands perdants de 2024, Apr, Pds, Taxawu, devraient être les grands gagnants potentiels de 2027. Dans un scrutin à deux tours psychologique Faye vs Sonko, ils deviennent faiseurs de roi au second tour des locales et faiseurs de majorité relative aux législatives. D’où le ralliement précoce de Talla Sylla à l’idée de dissoudre vite. Une véritable aubaine, ce serait pour cette opposition jusque-là des plus inaudibles. Cela leur permettrait de négocier des listes communes qui peuvent modifier la donne.
En conclusion, disons que le 2 décembre n’est pas une date, c’est une arme de dissuasion massive. Diomaye Faye ne dissoudra que si Sonko lui offre le prétexte budgétaire. Sonko, même si son camp estime être en position de force pour remporter toute élection, ne décidera pas de bloquer le dialogue inter institutionnel, la majorité Pastef promettant de voter tout ce qui n’ira pas à l’encontre des intérêts de la population.
Nous sommes entrés dans les 65 jours les plus dangereux de la Ve République. L’un doit prouver qu’il peut gouverner sans majorité. L’autre qu’il peut légiférer sans être accusé de bloquer le Sénégal.
Le peuple, lui, risque de voter trois fois en deux mois.



