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Aminata Touré réagit au discours de Bassirou Diomaye Faye à l’ONU (entretien exclusif)

À l’issue de l’allocution du président Bassirou Diomaye Faye devant la 81e Assemblée générale des Nations unies, l’ancienne Première ministre Aminata Touré s’est entretenue avec notre correspondant à New York. Elle revient sur la crise du multilatéralisme, la situation à Gaza, les relations entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel, les ambitions diplomatiques du Sénégal et la candidature de Macky Sall au secrétariat général des Nations unies. Elle évoque également l’implantation de KIIRAAY aux États-Unis.

LA CRISE DU MULTILATÉRALISME ET LA QUESTION PALESTINIENNE

Dëk-bi: Madame le Premier Ministre, le président de la République vient de faire son allocution pour le compte du 81e sommet des Nations Unies. Quelle lecture faites-vous de façon ramassée des thématiques qu’il a abordées ?  

Aminata Touré: Oui. Bon, le président de la République évidemment a répondu aux questions de l’heure. Puisque c’est l’Assemblée générale des Nations Unies, je voudrais rappeler le thème : « Rétablir la confiance, gérer la transformation, une Organisation des Nations Unies au service de tous ». Donc, il a fait un fort plaidoyer en faveur des Nations Unies. Il l’a dit clairement qu’il ne faudrait pas perdre les nations Unies. Bien au contraire, il faut renforcer les Nations unies parce que c’est le seul espace où les nations viennent discuter des affaires du monde.

Il faut se rappeler que les Nations unies ont été créées en 1945, au lendemain de la guerre. Aujourd’hui, il y a une grave crise de confiance qu’on peut comprendre, puisque les Nations unies ont du mal à arrêter les guerres.

Ce qui se passe en Palestine, que le président a dénoncé d’ailleurs, fait que les citoyens ordinaires ont du mal à accorder cette confiance. Mais il faut la rétablir. C’est d’ailleurs le thème, parce qu’il faut préserver les générations futures du fléau de la guerre et promouvoir aussi le progrès économique et social pour tous.

C’est ça, l’enjeu des Nations unies. Et évidemment, il faut que les discours soient traduits en actes. Le président de la République a abordé cette question dans son discours.

Il a parlé de Gaza, bien sûr, pour dénoncer les souffrances humaines inacceptables et la violation systématique du droit international, qu’il considère comme étant intolérable. Il a appelé les États à arrêter les massacres et les destructions.

Il a également réaffirmé la position du Sénégal : la solution des deux États, la Palestine avec Jérusalem-Est comme capitale et Israël, deux pays qui vivraient côte à côte avec des frontières sûres et internationalement reconnues.

Ça a toujours été la position du Sénégal. Il l’a réaffirmée, tout en condamnant les massacres qui se sont produits et qui continuent à se produire à Gaza.

– Le Sénégal préside le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien depuis plusieurs décennies. Mais dites-nous, qu’est-ce qui bloque ? Pourquoi n’y a-t-il toujours pas d’avancée considérable vers cette solution de deux États vivant côte à côte, dans le respect de leurs droits ?

– Parce que les gouvernements changent de part et d’autre. Et c’est ça, l’absurdité, justement, puisque je considère qu’Israël serait plus en sécurité s’il y avait un État palestinien reconnu.

La solution, c’est la solution des deux États, avec des frontières internationalement reconnues. Je pense que c’est la seule garantie de paix.

Pourquoi cela ne se fait-il pas depuis lors ? Mais bon, si la sagesse était universellement partagée, le monde n’en serait pas là. [Rires]

CEDEAO ET AES : LE SÉNÉGAL SOUHAITE UNE RECONSTITUTION DE L’ORGANISATION RÉGIONALE

Madame la Première ministre, je voudrais également aborder la question de la sous-région, avec nos voisins qui se sont regroupés en une confédération. Qu’est-ce que le Sénégal peut apporter aux négociations pour les faire revenir au sein de la CEDEAO ?

Vous savez, quelles que soient les configurations, ce sont des peuples qui sont appelés à vivre ensemble et qui vivaient ensemble avant même l’existence de ces pays-là. Il faut se le rappeler.

Ce sont des peuples qui, indépendamment des frontières, vivent de part et d’autre. Nous avons tous des parents au Mali, en Guinée. Moi, pour ce qui me concerne, les Touré, au cœur du Saloum, etc. C’est l’histoire.

D’ailleurs, le président, dans son discours, a parlé du Sahel en disant que le Sahel ne doit pas être abandonné à son sort et que sa déstabilisation n’épargnera ni l’Afrique ni d’autres intérêts présents en Afrique.

Le Sénégal continuera justement à faire son plaidoyer pour qu’au moins la coopération entre les pays de la CEDEAO et ceux de l’AES se poursuive dans l’intérêt des deux blocs.

Évidemment, notre vœu, c’est une reconstitution de la CEDEAO telle qu’elle est née.

C’est important. Il y a donc eu un appel à la solidarité pour préserver la sécurité du Sahel.

CONSEIL DE SÉCURITÉ : UNE REPRÉSENTATION PERMANENTE POUR L’AFRIQUE

Toujours en matière de sécurité, le Sénégal et l’Afrique en général militent pour que le continent dispose désormais d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

C’est la plus grande injustice que nous connaissons. Nous sommes 54 pays sur 193 et nous représentons un nombre important, 27 %, et nous n’avons pas de siège permanent. C’est une injustice que l’Afrique vit et dénonce. Maintenant qu’on parle de restaurer la confiance, qu’on commence par donner à l’Afrique ce qui lui est dû.La situation de 1945, où les pays africains étaient colonisés, n’a plus rien à voir avec celle de 2026.

C’est un combat que les États africains doivent continuer à mener. Et je pense que, justement, dans la réforme des Nations unies dont on parle, cette question de l’injustice que représente l’absence de siège permanent pour l’Afrique doit être réglée.

Mais malheureusement, on ne désigne pas le pays qui doit occuper ce poste.

Qu’on désigne le poste ! Après, les Africains s’arrangeront. [Rires]

Le Sénégal a également présenté sa candidature à un siège non permanent au Conseil de sécurité pour la période 2032-2033. Quel est votre avis sur cette candidature ?

Je pense que nous jouons un rôle important sur les questions liées à la paix dans la sous-région, mais aussi à la paix internationale.

Comme vous le dites, nous présidons le Comité pour la Palestine depuis de très nombreuses années. Je pense que c’est une demande légitime.

Nous allons mener cela parallèlement au combat pour le siège permanent.

CANDIDATURE DE MACKY SALL : « IL N’Y A PAS DE DEMI-SOUTIEN »

Madame la Première ministre, le Sénégal soutient la candidature de Macky Sall. Ces derniers temps, nous avons constaté que le président de la République a multiplié les audiences pour renforcer la position du Sénégal.Vous connaissez bien les Nations unies. Quel enjeu représenterait l’élection de Macky Sall à la tête de cette organisation ?

J’ai passé 25 ans de ma carrière aux Nations unies, sur le terrain et au siège.

C’est un poste très important, cela va sans dire. La compétition est en cours. Nous aurons bientôt les résultats sur celui qui sera le secrétaire général des Nations unies.

C’est un poste très important.

Quelle est votre position concernant le soutien du président Bassirou Diomaye Faye à Macky Sall ?

Le président est resté logique, puisqu’il avait déclaré à Dakar qu’il soutiendrait une candidature du Sénégal si cette candidature lui était présentée et si on lui demandait de la soutenir. C’est ce qu’il a fait. Je pense qu’il n’y a pas de demi-soutien. Enfin, tel que je connais le président Bassirou Diomaye Faye, il ne fait pas les choses à moitié. Et c’est ce qu’il a fait.

Actuellement, il y a deux candidats africains : le président Macky Sall et Olara Otunnu, qui est Ougandais. Pensez-vous qu’une candidature africaine unique aurait pu maximiser les chances du continent ?

Certainement. Mais bon, comme on dit, une compétition, c’est une compétition. On verra bien ce que les résultats vont donner.

KIIRAAY : LES AMBITIONS DU PARTI PRÉSIDENTIEL DANS LA DIASPORA

Terminons avec la politique nationale. Vous jouez un rôle important au sein de la coalition du président de la République et du nouveau parti qu’il vient de mettre sur pied.Nous sommes ici dans la diaspora, où les instances ne sont peut-être pas encore suffisamment établies. Quelles sont vos ambitions pour l’implantation de cette nouvelle formation politique aux États-Unis ?

KIIRAAY a été lancé le 25 juillet. Aujourd’hui, nous sommes le 24 septembre, cela fait tout juste deux mois. Je crois que ces deux mois ont été très intenses. KIIRAAY est né aussi de la coalition Diomaye Président, de l’arrivée de forces venant de PASTEF et d’ailleurs, d’autres partis, puisque notre philosophie, c’est aussi l’ouverture. Au niveau de la diaspora, effectivement, le parti se met en place. En deux mois, on ne peut pas encore faire d’évaluation, mais il y a beaucoup d’enthousiasme. Des responsables venus des différentes parties du pays ont accueilli avec enthousiasme le président à son arrivée. Nous sommes donc très optimistes quant au développement et à l’implantation du parti ici, aux États-Unis.

Pensez-vous que les élections locales et législatives devraient être couplées et anticipées ? Quel est votre avis ?

C’est au président de la République d’en décider. Mais ce qui est sûr, c’est que la diaspora n’est pas concernée par les élections locales, à moins de donner des directives aux parents qui sont au Sénégal. C’est le président de la République qui dispose des prérogatives telles que définies par la Constitution. Il fixera l’élection. De toute façon, d’ici la fin du mois de décembre, pour ce qui concerne les élections locales, c’est ce que la Cour suprême a dit, d’ailleurs. Maintenant, pour les élections législatives, cela sera précisé.

KIIRAAY est-il prêt ?

Oui, KIIRAAY travaille. Nous serons toujours prêts.

Nous nous organisons et nous parlons aux Sénégalais. D’ailleurs, les Sénégalais les plus nombreux ne font pas de politique.

Il faut aller les voir, il faut les convaincre.

Nous avons confiance dans le fait que les Sénégalais apprécient ce que le président Bassirou Diomaye Faye est en train de faire et son style.

C’est un style de rassemblement, de paix, qui met surtout l’accent sur la manière de faire avancer le Sénégal.

Je crois que c’est ce qu’il faut retenir du style du président. Il n’est absolument pas obsédé par le pouvoir. Surtout, comme il l’a dit, il a un contrat vis-à-vis du peuple sénégalais qu’il essaie de remplir.

C’est le plus important.

Parce qu’au fond, la politique, c’est fait pour quoi ? La politique, c’est fait pour faire avancer le pays. C’est pour cela que nous le soutenons aussi.