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Macky Sall: « Je ne suis pas venu à New York pour faire carrière diplomatique, mais… » 

À New York, devant l’Assemblée générale des Nations unies, Macky Sall a défendu sa candidature au poste de Secrétaire général en articulant une vision centrée sur la restauration de la confiance et l’efficacité du multilatéralisme, dans un contexte mondial marqué par des crises qu’il qualifie de « systémiques » plutôt que cycliques.

Dernier a être auditionné, Macky Sall a déroulé sa vision devant les membres des nations Unies. Son propos s’inscrit dans une lecture lucide des fractures actuelles : rivalités géopolitiques, conflits prolongés, vulnérabilités climatiques, endettement croissant et creusement des inégalités. Mais il se distingue en mettant sur le même plan ces défis et les opportunités offertes par les avancées technologiques, notamment l’intelligence artificielle, qu’il considère comme un levier de transformation à condition d’être gouvernée avec discernement.

L’originalité de son approche tient d’abord à son insistance sur le rôle du Secrétaire général comme « bâtisseur de ponts », non pas seulement dans une posture diplomatique classique, mais comme un acteur devant recréer activement les conditions de la confiance entre États profondément divisés. Il revendique une capacité à dialoguer avec tous les blocs, en s’appuyant sur son expérience de chef d’État et sa familiarité avec les enceintes comme le G7 et le G20.

Dans cette logique, il adopte un ton volontairement direct sur son ambition personnelle, affirmant qu’il ne s’inscrit pas dans une trajectoire diplomatique classique mais dans une logique de transformation : « Je ne suis pas venu à New York pour faire carrière diplomatique […] je suis là pour faire avancer cette organisation et la réformer. » Cette déclaration illustre une posture politique assumée, orientée vers l’action et les résultats.

Sur le plan du développement, Macky Sall propose un repositionnement notable : il plaide pour un dépassement du modèle centré sur l’aide publique en faveur d’une approche davantage fondée sur l’investissement, le commerce et les partenariats avec le secteur privé. Cette orientation, qu’il relie directement à son expérience à la tête d’un pays en développement, s’accompagne d’un appel à une réforme de l’architecture financière internationale afin de faciliter l’accès au crédit et de mieux prendre en compte les réalités des pays à revenu intermédiaire, souvent marginalisés dans les mécanismes actuels.

Autre élément distinctif, son insistance sur l’articulation étroite entre paix et développement. Il défend une approche intégrée selon laquelle les opérations de maintien de la paix ne peuvent produire des résultats durables sans perspectives économiques et sociales. Cette lecture l’amène à promouvoir un renforcement des liens entre l’ONU et les organisations régionales, en particulier en Afrique, ainsi qu’une mise en œuvre plus effective des cadres existants de coopération.

Sur la réforme de l’organisation, il adopte un discours pragmatique, centré sur la rationalisation des mandats, la réduction des duplications entre agences et une meilleure utilisation des ressources dans un contexte de contraintes budgétaires. Il souligne également la nécessité de rééquilibrer la place des droits humains dans l’action onusienne, aujourd’hui sous-dotés selon lui, tout en réaffirmant leur caractère universel et indivisible.

Sa vision se démarque aussi par une attention particulière aux équilibres institutionnels internes. Il met en avant le rôle de l’Assemblée générale comme espace d’égalité entre États, insistant sur la prise en compte des petits pays, notamment les États insulaires ou enclavés. Parallèlement, il soutient une réforme du Conseil de sécurité fondée sur le consensus, incluant implicitement la question de la représentation africaine.

Enfin, Macky Sall insiste sur des marqueurs politiques transversaux : promotion du multilinguisme, renforcement de la place des femmes, coopération accrue avec la société civile et affirmation de l’indépendance du Secrétaire général vis-à-vis des grandes puissances.

Au-delà des priorités classiques de paix, développement et droits humains, sa candidature se caractérise ainsi par une tentative de rééquilibrage entre réalisme économique, réforme institutionnelle et relance politique du multilatéralisme. Il pose en filigrane une alternative : une ONU fragmentée et affaiblie, ou une organisation recentrée sur des résultats concrets, capable de regagner la confiance des États et des citoyens.