Le Nil sous tension : un conflit toujours sans issue entre l’Égypte et l’Éthiopie
Le différend entre l’Égypte et l’Éthiopie autour du Nil est entré dans une nouvelle phase depuis l’inauguration du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) en septembre 2025. Ce projet colossal, devenu le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique, est désormais pleinement opérationnel et symbolise à la fois les ambitions économiques de l’Éthiopie et les inquiétudes existentielles de l’Égypte.
Pour Addis-Abeba, le barrage est un levier de développement incontournable. Il doit permettre de doubler la production d’électricité du pays et de soutenir sa croissance. Mais pour Le Caire, qui dépend du Nil pour l’essentiel de ses ressources en eau, cette infrastructure représente une menace directe sur sa sécurité hydrique.
Depuis l’achèvement du barrage, le rapport de force a évolué. L’Éthiopie contrôle désormais une partie essentielle du débit du Nil Bleu, sans qu’un accord juridiquement contraignant n’encadre l’utilisation de l’eau. Malgré plus d’une décennie de négociations, les discussions restent dans l’impasse, notamment sur la gestion du barrage en période de sécheresse.
Les derniers mois ont même vu une montée des tensions. En janvier 2026, l’Égypte a franchi un nouveau cap en évoquant ouvertement la possibilité d’exiger des compensations pour les pertes d’eau qu’elle estime avoir subies. Selon son ministre de l’Eau, des dizaines de milliards de mètres cubes auraient déjà échappé à son quota historique, renforçant le sentiment d’injustice au sein des autorités égyptiennes.
Dans le même temps, les efforts diplomatiques tentent de reprendre. Les États-Unis, par la voix de Donald Trump, ont proposé de relancer une médiation entre les parties afin d’éviter une escalade. L’Égypte et le Soudan se sont montrés favorables à cette initiative, tandis que l’Éthiopie reste attachée à son droit souverain de gérer le barrage sans contraintes extérieures.
Mais au-delà du GERD, un nouveau facteur est venu raviver les inquiétudes : l’annonce par l’Éthiopie de projets de construction de trois autres barrages sur le Nil Bleu. Ces infrastructures, si elles voient le jour, pourraient renforcer considérablement la capacité de stockage d’eau du pays et accentuer les craintes égyptiennes d’une raréfaction durable des ressources en aval.
Parallèlement, certaines initiatives diplomatiques informelles ont circulé, comme l’idée d’un accord plus large incluant des contreparties géopolitiques. Des discussions évoquant un éventuel accès de l’Éthiopie à la mer Rouge en échange de concessions sur le Nil ont été mentionnées, avant d’être officiellement démenties par Le Caire, signe de la complexité croissante du dossier.
Dans ce contexte, le conflit s’inscrit désormais dans une dimension plus large. Les tensions internationales, notamment au Moyen-Orient, ont ralenti les efforts de médiation et détourné l’attention des grandes puissances, laissant le dossier du Nil sans véritable arbitrage.
Aujourd’hui, la situation reste bloquée. L’Éthiopie exploite son barrage et poursuit ses ambitions hydrauliques, tandis que l’Égypte continue d’alerter sur une menace vitale. Aucun affrontement direct n’a eu lieu, mais la méfiance est profonde et durable.
Le conflit du Nil n’est donc pas résolu. Il s’est transformé : d’un désaccord technique sur un barrage, il est devenu une question stratégique majeure, où se mêlent développement, souveraineté et survie.



