Grève des transporteurs : Dakar au ralenti, les usagers pris en étau
La capitale sénégalaise tourne au ralenti depuis le début de la grève de trois jours décrétée par la Fédération des syndicats des transports routiers du Sénégal (FSTRS). Dès l’aube, l’impact du mouvement s’est fait sentir avec une perturbation majeure de la mobilité urbaine, plongeant des milliers d’usagers dans l’incertitude et de longues attentes.
Paradoxalement, plusieurs grandes artères de Dakar, habituellement engorgées, ont offert un visage inhabituel, marqué par une circulation fluide. Une situation qui s’explique par l’absence massive de véhicules de transport en commun, notamment les emblématiques cars rapides et les minibus “Ndiaga Ndiaye”. Mais derrière cette apparente accalmie routière se cache une réalité bien plus contraignante pour les populations.
Dans des zones névralgiques telles que la Foire, la Patte d’Oie, Liberté 6, Mermoz, l’Université Cheikh Anta Diop, la Médina, Colobane ou Petersen, les arrêts de bus ont été pris d’assaut. De longues files d’attente s’y sont formées, traduisant à la fois l’impatience et la résignation des usagers. “Depuis une heure, j’attends pour aller en ville. Rien ne passe ou tout est plein”, confie Mariama Cissé, employée, déjà résignée à accuser du retard.
Dans ce contexte tendu, quelques acteurs ont tenté de maintenir un service minimum. Les bus de l’Association de financement des professionnels du transport urbain (AFTU) ont continué de circuler, apparaissant comme l’un des rares recours disponibles. Mais leur présence, bien que précieuse, reste largement insuffisante face à l’ampleur de la demande. Aux heures de pointe, ces bus sont littéralement pris d’assaut. À la Patte d’Oie, des scènes de cohue ont été observées, avec des passagers s’agglutinant autour de véhicules déjà bondés. “Même descendre devient compliqué”, témoigne un étudiant, visiblement éprouvé.
À l’origine de cette mobilisation, la FSTRS dénonce une dégradation avancée du système de transport routier sénégalais. Les syndicats pointent du doigt la prolifération du transport clandestin, les rackets sur les routes, le harcèlement policier, ainsi que la corruption et la multiplication des points de contrôle. À Liberté 6, des chauffeurs ayant immobilisé leurs véhicules expriment leur exaspération : “On ne peut plus travailler normalement. À chaque coin de rue, il y a un contrôle. On paie partout”, déplore l’un d’eux sous couvert d’anonymat.
Face à la crise, les autorités tentent de contenir les effets du mouvement. Le ministre des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, a appelé les gouverneurs à prendre les dispositions nécessaires pour sécuriser les transporteurs souhaitant poursuivre leurs activités.
Mais sur le terrain, les usagers, eux, appellent à des solutions concrètes et durables. Si certains comprennent les revendications des transporteurs, tous s’accordent sur l’urgence d’une réforme en profondeur du secteur. “Ils ont raison de dénoncer les problèmes, mais nous aussi, on souffre. Il faut que l’État règle ça une bonne fois pour toutes”, lance un commerçant à la Médina.
À Petersen, plusieurs voix s’élèvent également pour réclamer un renforcement du transport public structuré, notamment les bus de Dakar Dem Dikk, perçus comme une alternative plus fiable et mieux organisée.
En l’absence d’un compromis rapide entre les autorités et les syndicats, la grève pourrait prolonger, voire aggraver, les difficultés de déplacement dans la capitale et les grandes villes du pays. Une situation qui met en lumière, une fois de plus, la forte dépendance du Sénégal au transport routier et l’urgence d’une refonte durable du système.



