16 militaires sierra léonais détenus en Guinée, la frontière sous haute tension
Un incident frontalier survenu entre le 22 et le 23 février 2026 a brusquement ravivé les tensions diplomatiques entre Conakry et Freetown. Seize personnels de sécurité sierra-léonais sont actuellement entre les autorités guinéennes, sur fond de contestation territoriale persistante.
Des versions contradictoires pour un seul incident
Le différend se cristallise autour d’une zone située entre le district de Koudaya en Guinée, dans la préfecture de Faranah, et la localité de Kalieyereh en Sierra Leone, dans le district de Falaba. L’État-major général des armées guinéennes affirme avoir intercepté une incursion armée à plus d’un kilomètre à l’intérieur de ses terres. Selon le communiqué officiel, des militaires étrangers auraient dressé une tente et hissé le drapeau sierra-léonais avant d’être interpellés et transférés à Conakry pour violation de l’intégrité territoriale.
À l’inverse, le gouvernement sierra-léonais dénonce un enlèvement injustifié. Il soutient que ses agents, composés de militaires et de policiers, étaient engagés dans des travaux purement civils. Ces derniers fabriquaient des briques pour la construction d’un nouveau poste frontière sur ce que Freetown considère comme son propre territoire national.
Un héritage frontalier complexe et sensible
Ce nouvel accrochage n’est pas un cas isolé. La frontière de sept cents kilomètres qui sépare les deux pays est marquée par des décennies de flou géographique, héritage direct de la colonisation et des guerres civiles régionales. Le village de Yenga demeure le symbole de ces frictions : occupé par la Guinée lors de la guerre civile sierra-léonaise pour bloquer les incursions rebelles, il n’a jamais été totalement stabilisé malgré plusieurs accords diplomatiques. Dans la région de Faranah-Falaba, la démarcation est souvent invisible sur le terrain, transformant toute activité administrative en incident diplomatique majeur.
État de la situation et perspectives de dialogue
Bien que le ton militaire guinéen reste à la fermeté et à la vigilance accrue, les deux capitales semblent vouloir éviter l’affrontement direct. Freetown a officiellement saisi les instances régionales et dépêché une mission d’enquête sur place pour documenter les faits. De son côté, la Guinée a choisi la voie judiciaire en remettant les seize captifs à la police judiciaire de Conakry, signalant une volonté de donner un cadre légal à l’affaire.
Parallèlement, des organisations civiles comme Tournons La Page exhortent les deux États à engager des discussions franches et constructives. La résolution de cette crise passera impérativement par une mission technique commune de délimitation. Sans un bornage clair et accepté par les deux armées, la zone restera une poudrière où le moindre mouvement de brique peut être interprété comme un acte d’agression.



